Affichage des articles dont le libellé est SheZeve. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est SheZeve. Afficher tous les articles

07 juillet 2010

15

Ce furent les notes d'orgue accompagnant la chorale qui le sortirent de ses souvenirs sans, hélas, en effacer le goût étrangement amer. Il se sentait rétrospectivement honteux de son comportement envers Morgane. Il revoyait son regard embué de larmes. Et s'il s'était montré injuste à son égard ? Un peu perdu, il regarda autour de lui pour tenter de se raccrocher à quelque chose de réconfortant. N'était-ce d'ailleurs pas pour cela que les chrétiens venaient dans ce lieu de culte ? Pour trouver des réponses à leurs questions ? Sauf qu'à choisir il préférait "aux fictions apaisantes pour enfants les certitudes cruelles des adultes".*

Son regard tomba sur la statue de la Vierge Marie qui semblait lui sourire de son piédestal. En tant qu'athée doublé de mécréant, il se sentait le droit d'adresser bien des reproches à Dieu mais certainement pas celui d'avoir bon goût en matière de femme !


Le jeune écrivain se prit à penser que s'il n'avait pas été Coriolan, il n'aurait pu être que Dieu ! Quelle volupté de régner à travers les siècles sur tout un peuple de jolies pécheresses ! Gagné par une sorte de béatitude, il s'imaginait être le Dieu vers lequel s'envoleraient toutes leurs prières et leurs suppliques ! Un Dieu qui ne leur imposerait qu'un seul Credo :

« Aimez-moi les unes après les autres, car ceci est mon corps offert pour vous... »

Le bourdonnement insistant de la voix du prêtre à sa gauche le dérangea dans sa rêverie mégalomane.


Furieux, Coriolan se rendit compte que l'homme d'église insistait un peu trop lourdement auprès d'Azra pour qu'il prononce l'homélie. Sa réplique fusa, tranchante :

— Vous voyez bien qu'il n'est pas en état !

Il y eut comme un début de flottement mais le prêtre reprit rapidement sa place derrière l'autel et la cérémonie continua sans autre incident majeur.

Azra était toujours prostré sur son banc, la tête entre les mains. Coriolan se sentait impuissant face à cette douleur qui semblait incurable et qu'il aurait tant voulu pouvoir déloger de son esprit. Exactement comme Azra l'avait fait avec lui l'année où sa mère s'était enfuie avec son amant. Son ami l'avait invité à le suivre en vacances chez sa mère à Casablanca.


Coriolan se souviendrait toujours du premier matin où il s'était réveillé dans le riad encore endormi. Il avait gagné le patio, voûté et fleuri, ouvert sur un coin de ciel bleu d'où une brise légère faisait frissonner les feuilles d'olivier. Là, il avait savouré le délice du silence et le murmure de l'eau. Cette atmosphère sereine l'avait plongé dans un univers de douceur et de méditation qu'il n'avait plus éprouvé depuis longtemps. Il s'était senti presque apaisé. C'était là que lui était venu pour la première fois l'envie d'écrire. Et quelque part, l'écriture l'avait sauvé de la douleur et du désespoir.

________________________________________________________________________

* Coriolan cite en fait M.Onfray dans son Traité d'athéologie

____________________________________________________________________________

07



Ce fut Johanna qui brisa le silence en premier :

— Finalement, vous aviez raison... c'était très amusant ! Peut-être avez-vous maintenant trouvé matière à écrire ?

Coriolan se tourna vers elle, la dévisagea un instant, une expression sibylline sur le visage.

— Qui sait ? Peut-être, oui...

Johanna passa nerveusement sa langue sur ses lèvres, demanda pendant qu'elle l'osait et non sans une certaine coquetterie :

— Ma question va sans doute vous sembler étrange mais... enfin, je serais curieuse de savoir quelle vie vous auriez pu m'imaginer si j'avais été une de ces inconnues croisées dans la rue...


Coriolan prit le temps de la réflexion, détailla un instant les traits de son visage pour finalement s'attarder plus longtemps qu'il n'était nécessaire sur la bouche gourmande. La jeune femme sentit ses joues prendre la couleur du coquelicot, décontenancée par ce regard appuyé et appréciateur. Elle reconnut en son for intérieur qu'elle l'avait un peu cherché mais elle ne pouvait plus rattraper ses paroles. D'ailleurs, le souhaitait-elle vraiment ? Les yeux de Coriolan, pétillants de malice, remontèrent jusqu'aux siens.

— A vrai dire, quand je vous ai vue, j'espérais, qu'intriguée par mon occupation, vous m'adresseriez la parole. Alors, je vous aurais invitée à ma table et j'aurais cherché n'importe quel moyen pour vous y retenir. Je n'aurais trouvé rien de mieux qu'un petit jeu... oh, un jeu bien innocent en vérité mais un jeu qui nous aurait permis de partager un agréable moment de connivence.... Et j'aurais eu le plaisir de découvrir que cette inconnue, en plus d'être belle, était également drôle et spirituelle... Et ensuite...

Il laissa sa phrase en suspens.

— Et ensuite ? Répéta-t-elle dans un souffle à peine audible.

— Et ensuite ? répéta à son tour Coriolan tandis qu'un sourire tendrement moqueur éclairait son visage. Mais il me semble que rien n'a encore commencé entre nous...


Ce disant, il approcha son visage du sien, mais s'arrêta en chemin, comme pour quêter son accord. Johanna ferma les yeux.

Elle ne protesta même pas quand elle sentit ses lèvres s'appuyer légèrement sur les siennes...

____________________________________________________________________________

Dernier article

[JDF] Article 1

  Un homme est debout face à l'océan. Derrière lui, une bicoque en bois perdue sur la lande. Devant lui, la mer agitée. Tout ...