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09 juillet 2010

Genèse d'un couple



Voilà des mois que j'attendais que Parthénia publie sa nouvelle pour vous proposer tous les bonus que j'avais réalisés pour "In Memoriam", il y a environ un an à présent. Pourquoi ne pas les avoir publiés avant ? Tout simplement parce qu'ils spoilaient la fin de l'histoire, que seules Parthénia et moi connaissions (même les copines de l'Atelier n'étaient pas dans la confidence, mais elles se doutaient plus ou moins du dénouement, on ne les trompe pas si facilement...) 😤

Cassandre - Coriolan... En voilà une histoire d'amour totalement improbable qui pourtant en est venue à nous tenir tellement à coeur à Parthénia et moi que nous avons sorti les griffes (même à l'encontre des copines de l'Atelier, si si, elles pourront témoigner) pour qu'elle puisse se réaliser.

L'aventure commence le jeudi 29 janvier 2009 sur le défunt forum Critisims. J'avais présenté alors un Sims Tupperware, comme j'aime à les appeler : Cassandre.

Qu'est-ce qu'un Sims Tupperware (terme qui est devenu récurrent parmi les membres de l'Atelier), c'est un Sims vide, creux et sans âme. Un sims crée pour être livré à un concours ou à de la figuration, auquel on ne s'est pas attaché et qui fait juste office de remplissage dans le décor. Vide comme une boîte tupperware, et qui attend d'êre remplie de tout et n'importe quoi. Mais bon, en attendant elle est rangée dans le placard avec les autres tupperwares, et sert pas à grand chose.

Parallèlement, Parthénia publiait son candidat pour la section Mister du même forum : Coriolan.




Immédiatement, la quasi totalité du groupe de l'Atelier tombe amoureuse de Coriolan. SheZeve, Zohus, enfin bon je ne vais pas citer tout le monde. Et des MP fusent dans tous les coins à l'insu des unes et des autres pour marier nos créatures à ce bellâtre au regard animal. 😁

Je me rappelle encore de ce MP que j'avais envoyé à  Parthénia : Cassandre est tombée folle amoureuse de Coriolan, elle rêverait d'un rendez-vous avec lui. Enthousiaste, Parthénia avait été très flattée pour Corio, et m'avait alors envoyé le spécimen afin de pouvoir réaliser le rendez-vous dans mon jeu... Evidemment je lui échangeais Cassandre pour qu'elle puisse également faire de même si elle le souhaitait.

Fière de moi, je décidais de narguer toutes mes concurrentes avec une image pour enfin affirmer que j'avais gagné le beau Corio :


Et c'est évidemment là que je découvre que Zohus se venge en publiant des images compromettantes de Corio avec sa Daphné et me nargue elle aussi ouvertement ! (J'espère que zohus publiera ses images pour compléter mon article).

Mais c'était sans compter l'intervention providentielle de la mère de Corio : Parthénia, qui trouvait Cassie et Corio si mignons, qu'il fallait les laisser ensemble. Je vous passe le nombre de coeurs brisés dans l'Atelier... Et j'enchaine avec la série d'images que m'avait alors inspirée cette petite victoire, qui, jusqu'à présent, n'est qu'un vaste champ de gamineries qui nous avait bien fait marrer et qui n'avait aucun rapport de près ou de loin avec la Nouvelle Collective à l'époque.




Images à travers lesquels le côté bohème de Cassandre ressort très nettement, même si elle n'était encore qu'un grand tupperware très vide à l'époque.

Puis, vers le mois de mars, voilà que zohus nous propose ce projet inédit : et si on prenait nos candidats Miss et Misters qui nous servent à rien et qu'on réalisait un gigantesque chantier d'écriture : une nouvelle collective ! Nous aurions chacune une plage réservée à notre style, à nos personnages, avec une trame commune que nous devrions respecter pour garder un fil rouge. Nous avons toutes été emballées par le projet. Elros, mon candidat Mister ayant déjà trouvé une place dans son univers steampunk, il me restait donc Cassandre à développer pour le projet. Parthénia aurait pu choisir sa candidate, mais finalement elle avait choisi Coriolan, et après une hésitation de scénario (entre Parthénia et moi) pour savoir si Corio et Cassie étaient déjà ensemble dans la nouvelle, nous avons pris le parti de dire que non et de décrire donc comment leur couple s'était formé.

Je ne dévoilerai évidemment rien des autres trames qui sont définies par paires afin de vous laisser la surprise si ces autres nouvelles voient un jour le jour, mais sachez donc qu'à part Azra, qui avait la lourde tâche de poser la trame générale de l'histoire, et d'en souligner tous les éléments et rapports qui devaient être développés dans les autres histoires, sans qu'il ne comprennent rien aux évènements autour de lui, il était le seul à être tout seul ! Tous les autres personnages étaient liés deux par deux pour montrer à  chaque fois les mêmes évènements d'un point de vue différent.

J'envoie donc à mes consoeurs une fiche concernant le personnage de Cassandre pour qu'elles puissent s'appuyer dessus afin d'utiliser le personnage dans leur nouvelle et que l'ensemble reste toujours cohérent :


Prénom, nom : Cassandre Parlanti
Age : 30 ans.
Nationalité : Franco- Italienne (née à  Naples).
Profession : Dessinatrice / illustratrice de livres pour enfants
Style vestimentaire : Bohème, très accessoirisée (bracelets, superposition de colliers, mais également fanatique des accessoires originaux : chapeaux, bérets, gants et mitaines de dentelle)
Plat préféré : Salade de Surimi (ouais elle fait attention à sa ligne)
Goûts musicaux : Pop et classique
Particularité(s) utiles (ou pas) à l'histoire : Bordélique (on s'en serait pas douté), a une attirance pour les objets Hindous et Bouddhistes en particulier (elle est bouddhiste, ça aussi on s'en serait pas douté). A voyagé plusieurs fois à Lhassa, en Chine, Hong Kong et en Asie d'une façon générale...
Principaux traits de caractère (qualités/défauts) : gaie, spontanée, ouverte. A tendance à être tête en l'air, aucune mémoire immédiate, aucune mémoire physiologique, elle vit au jour le jour, minute par minute et ne fait jamais de plan à l'avance. Peu organisée, douée dans son domaine, elle fait des choses merveilleuses mais toujours dans l'urgence et parfois même avec retard.
Plutôt pacifiste (ouais vu ses croyances, sans blague ?), est plutôt dans l'évitement du conflit. Cela peut d'ailleurs passer aux yeux des autres pour du laxisme, le fait que parfois elle préfère renoncer plutôt que de se battre. Mais si elle peut aussi savoir sortir ses griffes dans certaines situations personnelles et faire montre d'une volonté affirmée (surtout dans le domaine professionnel).
D'une grande générosité, elle peut donner énormément à ceux qu'elle aime, mais il suffit que l'on trahisse une fois sa confiance pour que celle-ci soit définitivement perdue. Elle n'exige jamais des autres ce qu'elle ne fait elle même (le problème c'est qu'elle n'a pas conscience qu'elle est capable de beaucoup de choses, et parfois, il peut s'avérer qu'elle en demande un peu trop aux autres sans s'en rendre compte).
Amoureuse de la vie, des expériences, elle aime tester, apprendre et réaliser de nouvelles choses. Elle aime les rencontres car elle apprend énormément à travers les autres, et s'enrichit en écoutant et en puisant dans l'expérience de ceux qui l'entourent ou qui croisent sa route.
C'est le genre de filles cool qui a tendance à s'entendre mieux avec les mecs qu'avec les filles. Elle est un peu l'éternelle bonne copine des gars, qui adorent sa compagnie sans jamais pour autant vouloir aller plus loin, et elle rend malgré elle toutes les filles hystériques car elles se persuadent qu'elle cherche à leur piquer leur mec à être aussi sympa avec.
Elle attend le grand amour. Elle ne sait pas quand il viendra, mais une chose est certaine, ce sera le seul dont elle n'oubliera jamais le visage. Où qu'il soit, où qu'elle aille, à chaque fois qu'elle le recroisera, elle saura toujours le reconnaitre sans jamais se poser de question (comme avec les autres où c'est... hmmmm je l'ai déjà vu celui là , c'est qui déjà ?)
Expression(s) souvent employée(s) : "En même temps..." "Je veux mourir" "sérieux ?" "Bordel à queue de dieux orgiaques en rut !" (surtout quand elle aperçoit Coriolan au loin quelque part)


Je profite bien sûr de cette photo d'identité pour créer une nouvelle image de Cassie et Corio dans le jardin d'hiver de la maison de Cassandre :


Et je complète cette fiche avec quelques images de Cassandre à différents âges :





Dont une que vous n'avez jamais vue et que vous verrez peut être un jour, si la suite des nouvelles se publie sur le blog. Cassandre un an après le départ de son père, ravagée et rebelle, sans pouvoir cacher sa douceur naturelle malgré tout, à 14 ans :



L'écriture de cet amour nous inspire énormément Parthénia et moi. Nous avons beaucoup collaboré tout au long de cette phase de travail pour faire réagir les personnages à bon escient, nous avons même co-écrit entièrement la scène de la cave. J'écrivais un paragraphe, elle écrivait la suite, et ainsi de suite... Il y avait des moments où on était bien coincées par l'autre et par les réactions des personnages. C'était très amusant à faire. On ne contrôlait rien et on ne savait absolument pas à l'avance où cette scène allait nous mener. Les instants de déstabilisation de Cassandre et de Coriolan dans cette scène (qui ne figure que dans la nouvelle de Cassandre) étaient plus notre déstabilisation à nous deux en temps qu'auteurs... A chaque fois qu'on lisait le passage publié par l'autre on se disait : merde mais comment il / elle va s'en sortir là ! C'est over vache !!!!

Mais nous nous sommes énormément attachées à ce couple toutes les deux, et toutes les filles de l'Atelier avec nous. Même zohus et SheZ qui étaient à fond pour enfermer Corio et l'enchainer à un poteau pour elles toutes seules ont fini par s'amouracher de ce couple étonnant, décalé et hors normes. Beaucoup d'images romantiques des amoureux ont suivi tout au long de l'écriture. Emportées par la beauté des deux personnages qui nous attendrissaient tellement.


Parthénia en avait également réalisé de son côté et j'espère qu'elle les mettra en ligne avec ses bonus aussi.

Sans oublier des petits clins d'oeil à Daphné, qui donc tient le rôle de la maîtresse de Corio dans une scène présente chez Cassandre et chez Coriolan. Hommage à zohus, si bonne perdante ! (Rassurez-vous, Daphné a depuis trouvé l'âme soeur auprès d'un autre Sims de Parthénia d'ailleurs. Et celui là , elle l'a eu pour elle toute seule !)


L'histoire du départ du père de Cassandre est inspirée d'une histoire vraie. Vécu par une ancienne amie. Une histoire qui m'avait beaucoup touchée et j'ai continué à  réaliser d'autres images de cette phase difficile qui rendait Cassandre tellement plus humaine et moins superficielle.


Cette image, notamment, avait été réalisée dans l'optique d'une scène qui devait apparaître lors d'un flashback de Coriolan et qui n'avait pas été retenue par Parthénia au final. C'était le lendemain du départ de son père. Le jour où elle a commencé à  fumer.

Seule sur son banc, elle pleurait. Elle avait 13 ans. Et puis il y avait eu ces deux garçons, un peu plus âgés qu'elle, mais adolescents eux aussi. L'un d'entre eux n'avait pas supporté de la voir pleurer et lui avait adressé de gentils mots de consolation. Parce qu'il ne tolérait pas autant de larmes dans les yeux d'une aussi jolie fille. Il avait ensuite juste effleuré ses lèvres d'un baiser avant de disparaitre.

C'était le premier baiser de Cassandre.

Les deux garçons étaient Azra et Coriolan. Il s'agissait donc là véritablement de leur toute première rencontre. Evidemment c'était Coriolan qui l'avait consolé, encore pur et non massacré à son tour par sa mère...

Et la suite logique de notre emballement à Parthénia et moi même fut cette image :


simplement baptisée Sacha.

A ce moment là personne dans l'Atelier ne soupçonnait que Corio et Cassandre allaient être une vraie histoire d'amour qui allait vraiment durer. J'avais montré cette image sans rien dire. Juste Sacha. Mais on ne trompe pas zohus qui tout de suite bondit en s'exclamant : Cassandre et Coriolan nous ont fait un rejeton ! Et se venge bien sûr de la précédente injustice faite à Daphné en adoptant illico le mâle ! Mais je n'en dirai pas plus à ce sujet, car peut être que d'autres surprises pourraient vous attendre avec ce beau Sacha.

Naturellement à peine je présente Sacha Galen, que Parthénia avoue qu'elle aussi avait tenté de faire faire des rejetons à nos petits amoureux, histoire de voir à quoi ils ressembleraient. Mais je lui laisserai le soin de les présenter et d'en parler si elle le souhaitait.

Ainsi donc se termine notre volet de l'histoire, en tout cas pour Parthénia et moi.

J'avais envie de vous reparler un peu de Corio et Cassie auxquels je me suis tant attachée et cela m'a fait plaisir de partager ce moment avec vous. J'espère que vous en avez appris davantage aussi de votre côté sur ce que nous avons mis en place avec Parthénia et de notre plaisir à le faire, car ce fut un véritable plaisir de travailler avec elle!

J'ai hâte, tout comme vous de découvrir maintenant les autres "couples" de la nouvelle... et même si j'en connais les grosses ficelles, c'est le tressage qui m'intéresse, et à ce niveau là , je suis sur le même plan que vous tous, chers lecteurs : dans la totale découverte ! 😎

Sur ce, bonne après midi à tous et bonnes vacances pour ceux qui ont la chance d'en avoir !

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07 juillet 2010

31



Cassandre interrompit cette description par un éclat de rire joyeux et se retourna pour se retrouver nez-à-nez avec lui.

— C'est trop tard Coriolan Galen, tu n'arriveras pas à me dégoûter...

Il sourit en silence en effleurant sa tempe d'un baiser – c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour se dérober à l'intensité de son regard. Mais la peau de Cassandre était traîtresse à distiller ainsi la tiédeur et le parfum de son corps. Si bien qu'avant même l'avoir voulu, la phrase fatidique lui échappa et qu'il s'entendit lui murmurer « Je t'aime » en resserrant son étreinte. Il ne se doutait pas que cela viendrait de cette manière bouleversante et sincère. Son coeur battait la chamade et il se sentait aussi gauche et emprunté qu'un adolescent lors de son premier rendez-vous.

Il releva un peu la tête, inquiet de sa réaction à elle. Cassie restait pétrifiée, un sourire béat peint sur ses lèvres... et il se rendit compte avec horreur que ce sourire était sûrement l'exacte réplique de celui qu'il lui offrait en retour. Il ne lui manquait plus que les mains moites pour compléter ce tableau cauchemardesque. Enfin, presque. Car comme il la pressait d'un timide « Cassie ? » pour la faire réagir, la statue de sel reprit vie, et avec la vie la parole.

— Bordel à queue de dieux orgiaq...


La fin se perdit dans le souffle de Coriolan.

Quand enfin, après un long moment, Coriolan défit le baîllon de son baiser, Cassie trouva encore la force de murmurer:

— Maintenant, je peux mourir...

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PRÉCÉDENT | DÉBUT | FIN

| GÉNÈSE |




30



Enfin, Coriolan arrêta le moteur et demanda à sa compagne de garder les yeux fermés. Il l'aida à descendre de voiture, la guida de quelques pas.

— Voilà ! Tu peux ouvrir les yeux maintenant, lui souffla-t-il dans le dos.

Surprise, Cassie tourna sur elle-même en découvrant le café de leurs années étudiantes, puis le scruta attentivement, hésitant à comprendre.

Une expression grave s'était inscrite sur les traits de Coriolan qui lui expliqua, en réponse à sa question muette :

— Recommençons sur de nouvelles bases... si tu veux bien...

— Mais...Tu as dit que cet endroit était cher à ton coeur ? Que c'était là que tout a commencé ? Oh...


Elle lui avait tourné le dos pour parler et il en profita pour l'enlacer dans cette position. Finalement, lui parler sans voir son visage était plus facile. Aussi prit-il une grande inspiration avant de se lancer dans sa confession.

Il lui expliqua que, oui, cet endroit était cher à son coeur parce que c'était là qu'il l'avait vue pour la première fois et que chaque détail était resté gravé dans sa mémoire. Comment elle était habillée. Comment elle était coiffée. Comment elle se mouvait et comment elle riait aux éclats. Il lui raconta sa fascination face à son excentricité où perçait une pointe de désespoir. Son agacement de la voir n'accorder son intérêt qu'à Azra. Son envie brutale de l'arracher à ses bras pour lui crier qu'il existait et qu'il avait besoin de respirer sa joie de vivre, lui toujours si introverti et si maître de lui.

— Tu sais, continua-t-il d'une voix basse, je n'ai jamais éprouvé avant toi le désir d'approfondir une relation avec une femme. Je me le suis toujours défendu. Tu m'as demandé dans la cave si j'avais peur de toi. A cet instant, je peux te le dire : je n'ai plus peur... Enfin, cela ne dépend plus que de toi...

Et avant qu'elle ait pu lui répondre, il enchaîna rapidement :

— Mais je préfère te prévenir : j'ai un caractère de cochon, je déteste le désordre, je ne suis pas très romantique, j'ai une chatte qui partage ma vie et qui se montre d'une jalousie maladive, je...

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29

Coriolan s'engouffra enfin dans sa voiture, actionna machinalement sa clé de contact et démarra dans une embardée asthmatique. Il ne comprenait pas pourquoi il se montrait si fébrile. Premièrement, il n'était pas sûr de rattraper la jeune femme. Deuxièmement, il y avait fort peu de chances pour qu'elle l'accueille avec amabilité vu la manière dont elle était partie, en catimini – du Cassie tout craché ! Troisièmement... troisièmement, il avait une envie folle de tordre le cou à Azra pour lui apprendre à lui mettre de fausses idées en tête et à l'obliger à courir après une femme... Lui, Coriolan Galen ! C'était proprement impensable !

« Bon, tu la ramènes chez elle et basta ! Tu ne vas quand même pas t'encombrer d'une femme qui a l'air plus compliquée que toutes celles que tu as déjà connues... et ça commence à faire légion... Elle risque de s'attacher et après, ce sera trop difficile pour t'en débarrasser... Et surtout, tu n'acceptes pas de dernier verre... Tu la largues gentiment en bas de chez elle et basta... même si elle insiste ! Surtout si elle insiste ! Pas de dernier verre... D'accord ? D'accord... »


Raffermi par son dialogue intérieur, il sentit pourtant toutes ses bonnes résolutions l'abandonner dès qu'il aperçut sa silhouette au loin. Comment faisait-elle pour avoir cette démarche inimitable, mélange de légèreté et de grâce fragile qui lui inspirait immanquablement des élans de tendresse insoupçonnée ? Un air des Doors, souvenir de ses lointaines années fac, fleurit spontanément sur ses lèvres :

She's walking down the street
Blind to every eye she meets
Do you think you'll be the guy
To make the queen of the angels sigh ?

Ce sourire qu'elle lui jeta quand il ralentit à sa hauteur et qu'il l'interpella... un sourire à vous attacher le coeur et à vous mener jusqu'au bout du monde... si l'on n'y prenait garde ! Mais Coriolan n'était pas du genre à défaillir comme une femmelette au premier sourire venu, aussi rayonnant soit-il...

« Un verre, et c'est tout... » se morigéna-t-il en sentant ses défenses flaiblir mais il lui rendit inconsciemment son sourire.

Il fut soulagé quand il entendit des borborygmes incompréhensibles sortir de sa bouche une fois qu'elle se fut installée dans sa voiture : des deux, c'était bien elle la plus intimidée. Tout était donc dans l'ordre des choses...

Histoire de bien enfoncer le clou et de lui faire comprendre qu'il savait pour le piquant épithète dont elle l'avait gratifié jadis, il mit en route son lecteur de CD.... et surveilla sa réaction du coin de l'oeil.

— Je crois savoir que tu aimes cette chanson, Cassie...

Le fou rire qui la secoua après un moment de stupéfaction l'emporta avec elle, toutes digues rompues.

Aussi ne s'attendait-il pas à ce qu'elle lui avoue aussi spontanément, comme une évidence à laquelle elle n'avait jamais songé :

—Tu es beau quand tu souris.

Cette simple phrase le déstabilisa. Un court instant. Mais assez pour qu'il ne lui réponde qu'à contre-temps :

— Ah bon ? Seulement quand je souris ?


Il eut l'impression que son ton moqueur n'avait pas suffi à masquer ses émotions car une lueur d'amusement s'était allumée dans le regard bleu lagon et elle choisit malicieusement d'entonner « Les Cactus ». Enfin, massacrer aurait été un plus juste mot. Les fausses notes n'empêchaient pas Coriolan de profiter de la chanson. De remonter en pensée le cours du temps. D'effacer le chapitre de ce fameux après-midi de printemps où une jeune étudiante exubérante l'avait ignoré, pour en réécrire un autre plus à sa convenance. Etait-ce seulement possible d'ignorer tout un long pan de son existence ? Ce pan où elle n'avait pas été ?

Pris d'une subite inspiration, Coriolan bifurqua à gauche.

— Hé ! Mais ça n'est pas le chemin de mon appartement, Coriolan...

— Je sais, Cassie, mais... il se racla la gorge. J'ai envie de te montrer un endroit cher à mon coeur. Un endroit où tout a commencé pour moi. Je te demande juste de me faire confiance. Le veux-tu ?

La jeune femme hocha silencieusement la tête.

— Fort bien. Alors ferme les yeux et surtout ne triche pas !

Ils roulèrent sans échanger une parole. Les mots étaient inutiles dans cette attente presque palpable.

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24



L'importun n'était autre que Calvin qu'il n'eut pas le cœur de rabrouer.

— Je reviens tout de suite, promit-il à la jeune femme blonde.

Et il s'éloigna avec Calvin de quelques pas.

Le jeune homme fourrageait sa toison, une expression embarrassée peinte sur tout le visage.

— Oh toi, tu as un service à me demander... J'espère que ce n'est pas ma voiture que tu convoites car je ne la prête à personne... Le tour de tout à l'heure ne t'a donc pas suffi ?

Calvin lui adressa un sourire crispé.

— Euh non...si... tu n'y es pas du tout... je... euh... j'aurais juste besoin que tu ailles chercher des chaises à la cave... et... euh...

— Des chaises ? A la cave ? Moi ? Ne me dis pas qu'à ton âge, tu as encore peur du noir ! Tu sais, il y a fort peu de risques pour que tu y croises Diablo, tapi dans un recoin sombre, ne put-il s'empêcher de le taquiner.

Calvin émit un rire forcé :

— Non, bien sûr que non... Azra m'a chargé d'y aller mais j'ai un truc extrêmement important à lui dire... s'il te plaît... c'est vraiment très important... et personnel... s'il te plaît... Je dois lui parler absolument !

Coriolan hésita un instant, mais l'air suppliant de Calvin le convainquit d'accepter.

— Tu as gagné... Mais gare à toi si tu t'es moqué de moi...




En remontant de la cave un long moment plus tard, Coriolan dut s'appuyer un moment contre le chambranle de la porte. La scène qui venait de se dérouler avec Cassandre l'avait ébranlé bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Il laissa la jeune femme s'éloigner le temps de reprendre ses esprits. Comment pourrait-il désormais se comporter en sa présence d'une manière naturelle ? Et surtout qu'attendait-elle de lui ? En tout cas, rien de ce qu'il ne pourrait – ne voudrait – lui donner. Il décida qu'une explication s'imposait avec Azra mais avant toute chose, il avait besoin d'une cigarette pour apaiser le tourment de son esprit. Perdu dans ses pensées tumultueuses, il buta contre la petite Vicky qu'il eut juste le temps de rattraper par le haut du bras.

— Non, mais c'est dingue ça, vociféra la demoiselle avant même qu'il ait le temps de s'excuser, vous vous êtes tous donnés le mot ou quoi ?


Interloqué devant tant d'agressivité, Coriolan en oublia de répliquer. Puis, il remarqua les longues traînées de mascara qui maculaient ses joues, mais la jeune fille le coupa dans son élan de sympathie en le rabrouant sur un ton à peine moins rogue :

— Rien rien, laissez tomber...

Et elle s'adossa contre le mur. Un peu déstabilisé par ces manières , Coriolan choisit finalement de lui tendre son mouchoir tout en mimant le geste de s'essuyer la figure. Après un moment d'hésitation, Vicky le prit.

— Merci... fit-elle, assez séchement. C'est parce que je suis laide ou que je vous fais pitié?

— Détrompez-vous : je n'agis que par pur égoïsme...

Et comme elle haussait les sourcils de surprise, il continua presque malgré lui:

— Je déteste voir pleurer les jolies filles...

Aussitôt prononcées, il regretta ces paroles dignes d'un dragueur de bas étage et qui n'obtinrent de Vicky qu'un pouffement de rire ironique. Il reconnut en son for intérieur qu'il avait bien mérité cette réaction. Il tenta alors d'effacer l'impression désastreuse de sa dernière phrase :

— Et si vous me confiez ce qui vous chagrine ? Parfois, il est plus facile de parler à un parfait inconnu...

— Et je suis certaine que cette proposition est purement innocente... Vous perdez votre temps : je ne suis pas d'humeur à jouer les ingénues.

Sur ces paroles définitives, Vicky lui rendit son mouchoir, accroissant le désarroi du jeune écrivain. Que lui arrivait-il ? C'était la première fois qu'il enchaînait déboire sur déboire en une seule journée. Il ne pouvait pas quitter les lieux sur cette note lamentable : repartir seul et donner ainsi raison au Suédois. Il s'apprêtait à la retenir quand il se sentit vivement tirer en arrière.


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23

Un coup d'œil vers la belle eurasienne lui apprit que c'était le moment ou jamais de l'aborder. Il happa deux coupes de champagne au passage et se dirigea vers la mystérieuse inconnue. Il attendait ce moment depuis la sortie de l'église. Cela faisait longtemps que ses yeux ne s'étaient pas posés sur une femme aussi magnifique : sa fine silhouette racée, son magnifique teint d'ivoire que faisaient ressortir de magnifiques cheveux d'ébène et de magnifiques yeux sombres, sa grâce altière, tout chez elle personnifiait l'essence même de la féminité.


Arrivé à sa hauteur, il lui tendit une de ses coupes en accompagnant son geste de son sourire le plus charmeur :

— Par quelle étrange circonstance la plus belle femme de l'assemblée se retrouve-t-elle seule ?

— Seule ? Sourit l'inconnue en le dévisageant avec curiosité. Quelle drôle d'assertion... Je ne me sens pas seule... Par contre, je ressens beaucoup de solitude parmi cette poignée de gens rassemblée ici. C'est triste, mais quand je jette un œil autour de moi, je me dis que Morgane n'avait pas tant de proches que ça... Je pensais qu'elle avait beaucoup plus de connaissances... Vous étiez un ami ?

— Un ami ? On ne peut pas vraiment dire ça comme ça... Morgane était l'ex-compagne de mon meilleur ami, mais nous ne nous entendions guère...

— Ah ? Fit-elle avec une pointe de déception dans la voix. Morgane était pourtant une jeune femme affable et enjouée, et qui avait le don d'attirer la sympathie.

— Eh bien, ce n'est pas du tout l'image que je garderai d'elle, désolé ! De toute façon, on ne connaît jamais vraiment l'autre, n'est-ce pas ? Vous, par exemple, êtes-vous aussi mystérieuse et captivante que ce que vous semblez dégager ?

— A chacun ses mystères, cher monsieur, et j'ai bien peur que le mien ne reste entier... pour l'instant tout du moins ! Ajouta-t-elle dans un sourire énigmatique, presque séducteur.

Ce sourire eut pour conséquence de raviver les espérances du jeune écrivain, qui déchanta pourtant dès la phrase suivante :

— Pour l'heure, j'ai du mal à croire que vous ne puissiez trouver une seule qualité à cette pauvre Morgane. Après tout, vous l'avez suggéré vous-même, que saviez-vous vraiment d'elle ?

— Abomination de la désolation ! Se désespéra presque Coriolan sur un ton de doux reproche. Pourquoi tout cet intérêt pour Morgane ? Elle est morte mais je suis vivant moi !

L'inconnue posa un regard rêveur sur son interlocuteur tout en trempant ses lèvres dans le champagne frais.

— Certes, certes... Vivant, dieu merci, tout comme ce jeune homme, là, au fond... Je viens d'apprendre que c'était son cousin Calvin. Vous vous rendez compte ? Jamais Morgane ne m'en avait parlé !

— Vous étiez donc si proche d'elle ? Depuis quand la connaissiez-vous ? C'est étrange mais je ne vous ai jamais aperçue en sa compagnie. Et pourtant, un visage aussi enchanteur que le vôtre serait resté gravé dans ma mémoire...

— Tout comme le vôtre, tout comme le vôtre... Puis-je vous confier mon sentiment ? J'ai de la peine pour ce gamin. Vous imaginez le déchirement qu'il peut ressentir ? Il aura sûrement besoin de soutien et de compagnie. Si seulement je savais où il vivait, je lui aurais volontiers rendu visite. Peut-être avez-vous une adresse à me communiquer...?

— Malheureusement, je ne l'ai pas en tête mais... si l'idée de me laisser votre numéro ne vous dérange pas, je vous promets de vous rappeler. Au fait, comment vous appelez-vous ?

— Appelez-moi Diamond... juste Diamond.

Il était sur le point de se présenter à son tour quand une phrase lancée d'une voix clairement distincte par la jolie blonde le fit se retourner illico :

— Tu ne m’avais pas dit un jour que le seul homme que tu reconnaîtrais n’importe où et n’importe quand serait l’homme de ta vie ?


Le doute n'était plus permis : en voyant l'air affreusement gêné de Cassandre posé sur lui, il comprit que les deux jeunes femmes étaient en train de parler de lui ! Qu'est-ce que cette écervelée était donc allée inventer ? Il avait toujours eu horreur de ce genre de commérages, et davantage encore de celles qui le colportaient.

Oubliant Diamond et ses projets galants, il profita de la fuite de Cassie – décidément, cette dernière maîtrisait ce genre de lâcheté avec un art consommé – pour s'adresser à la jeune femme blonde.

— J'ai cru comprendre que vous parliez de moi...

Puis il continua sans tenir compte de la gêne que son interlocutrice semblait éprouver à cette entrée en matière un brin cavalière :

— A l'avenir, si vous avez besoin de savoir quoique ce soit à mon endroit, adressez-vous directement à moi, je me ferai un plaisir de satisfaire votre curiosité !

— Mais... je... protesta-t-elle en piquant un fard. C'est ma cousine qui s'intéresse à vous, pas moi...

L'air faussement sévère, il prit tout son temps pour la détailler avant de reprendre la parole sur un ton plus doux :

— Ah ? Cassandre Parlanti est votre cousine ? Vous ne vous ressemblez pas du tout... et croyez-moi, c'est tout à votre avantage ! D'ailleurs, je me demandais... votre cousine aurait-elle des problèmes d'argent ?

— Des problèmes d'argent ? Non, pas que je sache... Pourquoi cette question ?

— Une idée comme ça... Enfin, à la voir ainsi vêtue, on a l'impression qu'elle est allée faire son shopping chez Emmaüs, vous ne trouvez pas ?

Il eut le plaisir de la voir étouffer un éclat de rire entre ses doigts effilés.

— Vous devriez avoir honte, lui reprocha-elle – mais ses yeux pétillants démentaient ses propos. Ma pauvre cousine est certes un peu excentrique... mais ce n'est pas un crime !

— Non, effectivement... le seul crime que l'on pourrait lui reprocher, c'est de m'avoir caché l'existence de sa belle et jeune cousine... sans oublier son absolu mauvais goût en matière vestimentaire, je suis définitivement intraitable sur ce dernier point.

Ce disant, sans même qu'il l'ait décidé, son regard chercha celle qu'il était en train de dénigrer. Elle aussi le regardait et il en fut agacé au plus haut point. Il éprouva soudain l'envie puérile de la faire enrager, et comment mieux faire enrager une femme qu'en accordant tout son intérêt à une autre ? Il eut honte de vouloir rendre jalouse Cassandre en se servant de cette jeune cousine providentielle mais c'était plus fort que lui : dès que la brunette se trouvait dans les parages, un mélange de rage et de colère l'envahissait, qu'il camouflait sous un flegme apparent nuancé d'un soupçon d'ironie.

Mais il n'eut pas le temps de pousser son projet très avant car peu après il sentit quelqu'un le tirer par la manche.


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22




A part Cassie et Azra, Nigel était le seul dans sa tranche d'âge qu'il connaissait déjà. Il ne pouvait décemment pas monopoliser son ami, qui se devait à ses invités en ce jour si particulier. Quant à Cassandre, sans qu'il sache pourquoi, sa fierté le retenait de faire le premier pas bien qu'il se sentît des torts envers elle. Il faillit pourtant se raviser quand il l'aperçut, seule en plein milieu de la salle, avec un air perdu et désemparé à vous fendre le cœur. Leurs regards se croisèrent. Il esquissa à son attention un sourire d'encouragement... qui se figea en un rictus de déconvenue quand la jeune femme déclina son offre de paix en détournant brusquement la tête.

C'est donc d'un pas soulagé qu'il se dirigea vers le Suédois à qui il sourit amicalement :

— Bonjour... Nigel, c'est ça ? Je suis ravi de te revoir, même si j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances...


Nigel prit tout son temps pour lui serrer la main tout en scrutant les alentours d'un air faussement étonné.

— Pas possible, Galen ! Tu as cassé ton joujou extra que tu arrives seul à la réception ? Ça craint...

A ces mots, Coriolan haussa un sourcil d'incompréhension, surpris de déceler dans le ton du jeune homme un soupçon d'agressivité. Puis son regard se porta sur sa compagne, dont la grossesse semblait déjà bien avancée.

— Mazette, tu es à cran, se moqua-t-il en songeant qu'allongée sur un lit Kaya devait ressembler à une baleine échouée sur une plage – un véritable tue-désir ! Si je puis me délester d'un conseil, tu devrais canaliser ton surplus d'énergie en multipliant les séances de sport ! Je vais d'ailleurs en toucher deux mots à Azra... Pour le reste, continua-t-il en lui tapotant paternellement l'épaule, ne te fais donc pas de souci pour moi : l'important n'est pas d'arriver seul mais de repartir accompagné...

Il souligna ces paroles d'un clin d'œil suprêmement narquois.

Avant de prendre congé, il ne résista pas à l'envie de titiller encore un peu le Suédois.

— Au fait, toutes mes félicitations, Kaya. Je ne sais pas si vous connaissez le sexe de votre bébé, mais si vous accouchez d'un petit gars, que diriez-vous de l'appeler Coriolan ?

Puis il s'éclipsa avant que Nigel ait repris ses esprits. En contournant l'une des tables, son regard croisa à nouveau celui de Cassandre, intensément posé sur lui. Elle semblait en plein conciliabule avec une jeune femme blonde qui le détaillait avec intérêt.

«Tiens... On parle de moi à ses amies ! En se plaignant de mes mauvaises manières, j'imagine...»

Et ce fut à son tour de détourner la tête sans vergogne.


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21




Cette voix... Si claire et si musicale... Brusquement arraché au charme de cette apparition, Coriolan rejeta son buste en arrière, croisa les bras contre sa poitrine pour ne pas avoir à la saluer, furieux de reconnaître la voix de celle qui avait si bien percé à jour le secret de son pseudonyme.

— Plaît-il ? Lâcha-t-il entre ses dents avec toute la hauteur dont il était capable.

— Je... tu... bafouilla la jeune femme décontenancée par la froideur de son interlocuteur. Enfin, Coriolan, on se connaît, non ? Tu ... tu ne te souviens pas ?

— Je ne crois pas, non ! J'ai toujours été très exigeant sur le choix de mes fréquentations, continua-t-il sur un ton glacial tout en détaillant ses oripeaux et ses breloques colorés comme on regarderait un objet de pacotille. Et je préfèrerais que l'on s'en tienne au vouvoiement : le tutoiement est seulement pour mes amis !

Satisfait, il vit les épaules de la péronnelle s'affaisser et son joli visage se chiffonner – allons, encore un petit effort, et elle prendrait la porte sans demander son reste, comme toutes les autres illustratrices avant elle.

Il ignora Adèle qui menaçait discrètement de lui trancher la gorge. Au moment où il allait poursuivre sur sa lancée, son éditrice s'exclama sur un ton qu'elle voulait bonhomme :

— Allons, mignonne, ne vous laissez pas impressionner par ce phallus sur deux pattes ! Il aime rugir mais il n'a encore mordu personne... enfin, pas à ma connaissance... Asseyons-nous et commençons par parler travail, nous n'avons perdu que trop de temps !


Sournoisement, Coriolan choisit de s'asseoir sur le même canapé que la demoiselle, étendit nonchalamment son bras dans son dos.

— C'est cela, parlons travail ! A ce propos vous me semblez bien jeune... Quel âge avez-vous donc ?

— Vingt-trois ans mais...

— Une débutante ! C'est bien ce que je craignais ! Avez-vous eu le temps d'acquérir quelque expérience dans le métier ?

— A vrai dire, je...

— Rassurez-moi, la coupa-t-il encore, vous savez illustrer autre chose que Martine à la ferme ou Petit Ours brun ?

— Mais bien sûr, je...

Puis elle se tut, lasse d'être bousculée par cet homme qui n'avait même pas la courtoisie de l'écouter jusqu'au bout.

Le secours vint d'Adèle qui suggéra d'une voix douce:

— Mignonne, et si vous montriez à Coriolan vos dessins? Ils parlent d'eux-mêmes...

— Bonne idée, montrez-moi donc ces chefs d'œuvre en péril qu'on en finisse au plus vite !

Malgré le ton volontairement insultant, la jeune fille obtempéra en lui tendant son carton à dessins, sans toutefois oser le regarder.

Un silence tendu s'installa tandis que Coriolan s'attardait sur chacun des croquis. Cette petite avait du talent, un talent indéniable. Il en venait à regretter ses paroles dures et mesquines mais il était trop fier pour le reconnaître.

Ce fut Adèle qui le tira d'embarras.

— Alors, Coriolan, ton verdict ? As-tu d'autres questions à poser à Mlle Parlanti ?

Il répondit à son éditrice en se tournant vers la jeune illustratrice qu'il fixa intensément :

— Non, toute question serait désormais superflue... Mais j'ai une requête... en forme d'épreuve en fait.

Et il tendit à la jeune fille une feuille de papier sans la quitter des yeux tandis que ses lèvres esquissaient un sourire à la fois moqueur et complice :

— Dessinez-moi donc Olympe de Courge telle que vous vous l'imaginez...




Quand il revint sur terre, Cassandre était toujours en face de lui, sa main dans la sienne.

Il resserra la pression de ses doigts autour des siens quand il sentit qu'elle tentait de s'échapper, puis se pencha vers elle pour n'être entendu que d'elle seule :

— Eh non, Cassandre, pas de fuite possible aujourd'hui... ni de poubelle derrière laquelle te cacher...

La confusion de la jeune femme était à son comble. Aussi, eut-il pitié d'elle et relâcha-t-il son étreinte.

— Allez, je te rends ta liberté... Fais-en bon usage Petit Chaperon tout de noir vêtu... et gare au grand méchant loup...acheva-t-il dans un sourire carnassier.

En s'éloignant, il l'entendit avec une certaine jubilation souffler son fameux « Je veux mourir... » entre ses dents .

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19




Déboulant de la cour, Coriolan heurta un passant, ignora ses invectives et leva les yeux au ciel. Le soleil vibrait dans un ciel pur, à peine effiloché de quelques nuages vaporeux. Il inspira une grosse goulée d'air – pollué – et reprit sa marche d'un pas plus tranquille.

Une foule de piétons, volontairement badauds, flânait nonchalamment sur la grande avenue qui avait troqué son air enfiévré d'activités contre un rythme plus lent, mieux adapté à cette matinée estivale. Coriolan aimait se divertir du spectacle de la rue, de ses querelles et de ses éclats de rire, de ses odeurs mêlées de friture et de goudron, de son bruit continuel comme en fond sonore.

Il ralentit encore le pas.


En face de lui déambulait rêveusement une jeune fille, à l'allure et à la démarche décalées, les yeux perdus dans les nuages et un sourire - dont elle seule en connaissait la cause- épanouissant son visage de manière irrésistible. Les passants qui la croisaient ne pouvaient s'empêcher de lui lancer des sourires amusés tant ses pensées semblaient agréables.


Coriolan eut la même réaction, détailla avec un plaisir enjoué sa frimousse de lutin espiègle, puis s'arrêta pour la regarder s'éloigner, silhouette gracieuse et colorée, aussi pétillante et évanescente qu'une petite bulle de champagne !

Une fois qu'elle eut disparu à sa vue, il reprit sa marche vers le bar-tabac. Sa mauvaise humeur s'était évaporée, comme par magie.

Il avait le sourire en achetant son paquet de Marlboro 100's. Encore le sourire en poussant la porte de sa maison d'édition, de retour de sa petite escapade. Toujours le sourire en se prenant un café au distributeur automatique située dans la salle de détente.


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16


La cérémonie se terminait enfin.


Au sortir de l'église, Coriolan fut le premier à adresser ses condoléances aux deux hommes endeuillés. Après une poignée de main à Calvin, il serra Azra dans ses bras en lui murmurant à l'oreille : «Je suis avec toi, vieux frère.». Puis, il se dégagea pour aller fumer un clope.

Le cortège s'ébranla.

Une phrase tirée d'un film de Truffaut lui revint alors incongrûment à l'esprit quand il avisa une magnifique inconnue, à la fois racée et sophistiquée, qui marchait juste devant lui :


«Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie». * 
Cette journée prenait enfin une tournure intéressante... Il se sentit presque frustré en arrivant si vite au cimetière, et davantage encore en voyant la belle eurasienne s'adresser au cousin de Morgane.


«Tiens, le jeune Calvin se serait-il finalement décidé à quitter le monde du virtuel ? Et en plus, il a bon goût le bougre...»

Mais il fut tiré de sa pensée par l'éclat d'une phrase plus ahurissante encore que la découverte du nouveau centre d'intérêt de Calvin.

— C'est la dernière fois que je mets ce chapeau !

«Abomination de la désolation ! Cette retardataire à l'allure de clocharde endimanchée, c'est... c'est CASSANDRE PARLANTI !!!»


Et bien sûr, comme un malheur n'arrivait jamais seul, Azra ne trouva pas mieux que de la lui fourrer entre les pattes. Avec un peu de chance, elle ne se souviendrait pas de lui... Mais en croisant son regard, il se rendit compte qu'elle éprouvait autant de déplaisir que lui à leurs retrouvailles forcées.

— On se connaît, fit Coriolan en réponse aux présentations inutiles d'Azra.

Et il serra la main de son ancienne et éphémère associée en cachant son agacement derrière un sourire moqueur.

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* Cette citation est tirée du film L'homme qui aimait les femmes...

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20 mai 2009

[Bonus] In Memorian de LindsayDole

IN MEMORIAM

Ecrire une nouvelle collective demande pas mal de travail en amont... De partages... Et d’échanges ! C’est un travail lourd, certes, mais tellement excitant. J’ai éprouvé un plaisir fou à réaliser cette (ces) nouvelles avec les copines. Je dis « ces », même si je n’en ai écrit qu’une, car il y a malgré tout de mes textes, de mes répliques et de moi dans les nouvelles de toutes les autres.

Pour commencer cette série de bonus, je voulais partager avec vous les chansons que j’ai écoutées en boucle pendant certaines phases d’écriture et qui m’ont inspiré les moments les plus importants de la vie de Cassie :


A la fac

Chez l’éditrice de Coriolan

Lorsqu’elle fait se rencontrer (malgré elle) Nigel et Kaya

Dans la cave au moment des révélations entre Cassandre et Coriolan

Et bien sûr :



Le passage est d’ailleurs une réelle écriture collective vu que le dialogue a entièrement été construit à deux avec Parthénia. Elle a écrit toutes les répliques de Coriolan et j’ai donc rédigé celles de Cassandre. C’était très drôle à faire, car on ne savait pas du tout à l’avance comment l’autre allait réagir sur ce qui se disait et il y a eu une réelle part d’improvisation très amusante à faire dans cette scène. On était quasi dans le jeu de rôle lors de sa construction. On essayait de ne montrer que l’essentiel des émotions de nos personnages, ou uniquement ce que l’on voulait que l’autre voit de lui, pour pouvoir ensuite reprendre à notre sauce la scène à travers les yeux de chacun d’entre eux. Avec tout ce que cela peut impliquer d’interprétation, de pensées, de fantasmes et toutes les déformations classiques que l’on peut s’imaginer trouver dans la parole de l’autre.

Pour ce gros projet collectif j’ai réalisé 5 décors que j’ai partagé ensuite avec mes collègues pour que nous puissions être raccord niveau images dans nos histoires.

J’ai été chargée de créer le fameux café des parents de Vicky, la place et la rue alentour, que vous retrouverez dans bon nombre des autres nouvelles :

  

Sur ce même terrain pour des raisons pratiques j’ai également réalisé l’appartement de Cassandre en travaux qui nous sert principalement à zohus et moi-même


Parthénia a préféré que ce soit moi qui crée le décor de la cave et du bureau de l’éditrice, décors qui ne servent en effet qu’aux nouvelles de Cassandre et Coriolan et que j’ai donc construit sur un terrain à part.
Notez les petites annotations partout pour qu’on soit raccord sur les positions des personnages dans la pièce...

Voici donc un plan général du terrain




Un plan de l’entrée de la maison d’édition



Et quelques images de l’entrée elle-même




Quelques images du bureau d’Adèle




Même si j’ai crée seule ces décors (forcément), j’ai suivi les indications et instructions de Parthénia qui avait une idée assez précise de l’ensemble, surtout depuis que je lui avais envoyé la simsette destinée à tenir le rôle de l’éditrice. Elle m’avait demandé un bureau en bordel (d’où les annotations bordel et plus de bordel) et moi je voyais bien un ensemble qui sente la vieille fille et le vieux cigare.

Voilà donc le résultat du mélange.

Et enfin donc la cave de la salle des fêtes :


 

Un détail amusant à noter, nous avons été jusqu’à partager des images ! En effet, l’image où Azra surprend la fin du dialogue dans la cave a été réalisée par moi-même. Nous avons trouvé amusant avec Koelia de la réutiliser en jouant sur les flous pour exprimer les deux points de vue différents. Ainsi vous avez Azra net en premier plan dans la nouvelle de Koelia, et le flou sur Cassandre et Coriolan (C&C comme nous nous amusions à les appeler entre nous). Azra assiste donc à la fin de la scène, mais passe très rapidement, et ne reconnait que les deux voix. Et C&C nets / Azra flou dans la mienne. C&C sont tellement dans leur truc, qu’ils ne voient pas passer Azra et n’entendent rien. D’ailleurs Coriolan remarque par hasard que la porte est ouverte, mais n’a aucune idée du comment cela s’est produit....

Pour terminer cette liste de bonus de la nouvelle de Cassandre, dont vous retrouverez certains éléments dans celles des copines en général, et de Coriolan en particulier, je vous offre en téléchargement, l’éditrice de Coriolan Galen.
Simsette créée par moi-même et baptisée Adèle Cormon par Parthénia (ouais le travail de groupe a été jusque là !!!). Elle nous a tellement faite rire toutes les deux quand on l’a échangée que je me suis dit que ça serait sympa qu’elle vous fasse rire aussi dans votre jeu !

Télécharger Adèle




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