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07 juillet 2010

23

Un coup d'œil vers la belle eurasienne lui apprit que c'était le moment ou jamais de l'aborder. Il happa deux coupes de champagne au passage et se dirigea vers la mystérieuse inconnue. Il attendait ce moment depuis la sortie de l'église. Cela faisait longtemps que ses yeux ne s'étaient pas posés sur une femme aussi magnifique : sa fine silhouette racée, son magnifique teint d'ivoire que faisaient ressortir de magnifiques cheveux d'ébène et de magnifiques yeux sombres, sa grâce altière, tout chez elle personnifiait l'essence même de la féminité.


Arrivé à sa hauteur, il lui tendit une de ses coupes en accompagnant son geste de son sourire le plus charmeur :

— Par quelle étrange circonstance la plus belle femme de l'assemblée se retrouve-t-elle seule ?

— Seule ? Sourit l'inconnue en le dévisageant avec curiosité. Quelle drôle d'assertion... Je ne me sens pas seule... Par contre, je ressens beaucoup de solitude parmi cette poignée de gens rassemblée ici. C'est triste, mais quand je jette un œil autour de moi, je me dis que Morgane n'avait pas tant de proches que ça... Je pensais qu'elle avait beaucoup plus de connaissances... Vous étiez un ami ?

— Un ami ? On ne peut pas vraiment dire ça comme ça... Morgane était l'ex-compagne de mon meilleur ami, mais nous ne nous entendions guère...

— Ah ? Fit-elle avec une pointe de déception dans la voix. Morgane était pourtant une jeune femme affable et enjouée, et qui avait le don d'attirer la sympathie.

— Eh bien, ce n'est pas du tout l'image que je garderai d'elle, désolé ! De toute façon, on ne connaît jamais vraiment l'autre, n'est-ce pas ? Vous, par exemple, êtes-vous aussi mystérieuse et captivante que ce que vous semblez dégager ?

— A chacun ses mystères, cher monsieur, et j'ai bien peur que le mien ne reste entier... pour l'instant tout du moins ! Ajouta-t-elle dans un sourire énigmatique, presque séducteur.

Ce sourire eut pour conséquence de raviver les espérances du jeune écrivain, qui déchanta pourtant dès la phrase suivante :

— Pour l'heure, j'ai du mal à croire que vous ne puissiez trouver une seule qualité à cette pauvre Morgane. Après tout, vous l'avez suggéré vous-même, que saviez-vous vraiment d'elle ?

— Abomination de la désolation ! Se désespéra presque Coriolan sur un ton de doux reproche. Pourquoi tout cet intérêt pour Morgane ? Elle est morte mais je suis vivant moi !

L'inconnue posa un regard rêveur sur son interlocuteur tout en trempant ses lèvres dans le champagne frais.

— Certes, certes... Vivant, dieu merci, tout comme ce jeune homme, là, au fond... Je viens d'apprendre que c'était son cousin Calvin. Vous vous rendez compte ? Jamais Morgane ne m'en avait parlé !

— Vous étiez donc si proche d'elle ? Depuis quand la connaissiez-vous ? C'est étrange mais je ne vous ai jamais aperçue en sa compagnie. Et pourtant, un visage aussi enchanteur que le vôtre serait resté gravé dans ma mémoire...

— Tout comme le vôtre, tout comme le vôtre... Puis-je vous confier mon sentiment ? J'ai de la peine pour ce gamin. Vous imaginez le déchirement qu'il peut ressentir ? Il aura sûrement besoin de soutien et de compagnie. Si seulement je savais où il vivait, je lui aurais volontiers rendu visite. Peut-être avez-vous une adresse à me communiquer...?

— Malheureusement, je ne l'ai pas en tête mais... si l'idée de me laisser votre numéro ne vous dérange pas, je vous promets de vous rappeler. Au fait, comment vous appelez-vous ?

— Appelez-moi Diamond... juste Diamond.

Il était sur le point de se présenter à son tour quand une phrase lancée d'une voix clairement distincte par la jolie blonde le fit se retourner illico :

— Tu ne m’avais pas dit un jour que le seul homme que tu reconnaîtrais n’importe où et n’importe quand serait l’homme de ta vie ?


Le doute n'était plus permis : en voyant l'air affreusement gêné de Cassandre posé sur lui, il comprit que les deux jeunes femmes étaient en train de parler de lui ! Qu'est-ce que cette écervelée était donc allée inventer ? Il avait toujours eu horreur de ce genre de commérages, et davantage encore de celles qui le colportaient.

Oubliant Diamond et ses projets galants, il profita de la fuite de Cassie – décidément, cette dernière maîtrisait ce genre de lâcheté avec un art consommé – pour s'adresser à la jeune femme blonde.

— J'ai cru comprendre que vous parliez de moi...

Puis il continua sans tenir compte de la gêne que son interlocutrice semblait éprouver à cette entrée en matière un brin cavalière :

— A l'avenir, si vous avez besoin de savoir quoique ce soit à mon endroit, adressez-vous directement à moi, je me ferai un plaisir de satisfaire votre curiosité !

— Mais... je... protesta-t-elle en piquant un fard. C'est ma cousine qui s'intéresse à vous, pas moi...

L'air faussement sévère, il prit tout son temps pour la détailler avant de reprendre la parole sur un ton plus doux :

— Ah ? Cassandre Parlanti est votre cousine ? Vous ne vous ressemblez pas du tout... et croyez-moi, c'est tout à votre avantage ! D'ailleurs, je me demandais... votre cousine aurait-elle des problèmes d'argent ?

— Des problèmes d'argent ? Non, pas que je sache... Pourquoi cette question ?

— Une idée comme ça... Enfin, à la voir ainsi vêtue, on a l'impression qu'elle est allée faire son shopping chez Emmaüs, vous ne trouvez pas ?

Il eut le plaisir de la voir étouffer un éclat de rire entre ses doigts effilés.

— Vous devriez avoir honte, lui reprocha-elle – mais ses yeux pétillants démentaient ses propos. Ma pauvre cousine est certes un peu excentrique... mais ce n'est pas un crime !

— Non, effectivement... le seul crime que l'on pourrait lui reprocher, c'est de m'avoir caché l'existence de sa belle et jeune cousine... sans oublier son absolu mauvais goût en matière vestimentaire, je suis définitivement intraitable sur ce dernier point.

Ce disant, sans même qu'il l'ait décidé, son regard chercha celle qu'il était en train de dénigrer. Elle aussi le regardait et il en fut agacé au plus haut point. Il éprouva soudain l'envie puérile de la faire enrager, et comment mieux faire enrager une femme qu'en accordant tout son intérêt à une autre ? Il eut honte de vouloir rendre jalouse Cassandre en se servant de cette jeune cousine providentielle mais c'était plus fort que lui : dès que la brunette se trouvait dans les parages, un mélange de rage et de colère l'envahissait, qu'il camouflait sous un flegme apparent nuancé d'un soupçon d'ironie.

Mais il n'eut pas le temps de pousser son projet très avant car peu après il sentit quelqu'un le tirer par la manche.


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22




A part Cassie et Azra, Nigel était le seul dans sa tranche d'âge qu'il connaissait déjà. Il ne pouvait décemment pas monopoliser son ami, qui se devait à ses invités en ce jour si particulier. Quant à Cassandre, sans qu'il sache pourquoi, sa fierté le retenait de faire le premier pas bien qu'il se sentît des torts envers elle. Il faillit pourtant se raviser quand il l'aperçut, seule en plein milieu de la salle, avec un air perdu et désemparé à vous fendre le cœur. Leurs regards se croisèrent. Il esquissa à son attention un sourire d'encouragement... qui se figea en un rictus de déconvenue quand la jeune femme déclina son offre de paix en détournant brusquement la tête.

C'est donc d'un pas soulagé qu'il se dirigea vers le Suédois à qui il sourit amicalement :

— Bonjour... Nigel, c'est ça ? Je suis ravi de te revoir, même si j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances...


Nigel prit tout son temps pour lui serrer la main tout en scrutant les alentours d'un air faussement étonné.

— Pas possible, Galen ! Tu as cassé ton joujou extra que tu arrives seul à la réception ? Ça craint...

A ces mots, Coriolan haussa un sourcil d'incompréhension, surpris de déceler dans le ton du jeune homme un soupçon d'agressivité. Puis son regard se porta sur sa compagne, dont la grossesse semblait déjà bien avancée.

— Mazette, tu es à cran, se moqua-t-il en songeant qu'allongée sur un lit Kaya devait ressembler à une baleine échouée sur une plage – un véritable tue-désir ! Si je puis me délester d'un conseil, tu devrais canaliser ton surplus d'énergie en multipliant les séances de sport ! Je vais d'ailleurs en toucher deux mots à Azra... Pour le reste, continua-t-il en lui tapotant paternellement l'épaule, ne te fais donc pas de souci pour moi : l'important n'est pas d'arriver seul mais de repartir accompagné...

Il souligna ces paroles d'un clin d'œil suprêmement narquois.

Avant de prendre congé, il ne résista pas à l'envie de titiller encore un peu le Suédois.

— Au fait, toutes mes félicitations, Kaya. Je ne sais pas si vous connaissez le sexe de votre bébé, mais si vous accouchez d'un petit gars, que diriez-vous de l'appeler Coriolan ?

Puis il s'éclipsa avant que Nigel ait repris ses esprits. En contournant l'une des tables, son regard croisa à nouveau celui de Cassandre, intensément posé sur lui. Elle semblait en plein conciliabule avec une jeune femme blonde qui le détaillait avec intérêt.

«Tiens... On parle de moi à ses amies ! En se plaignant de mes mauvaises manières, j'imagine...»

Et ce fut à son tour de détourner la tête sans vergogne.


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16


La cérémonie se terminait enfin.


Au sortir de l'église, Coriolan fut le premier à adresser ses condoléances aux deux hommes endeuillés. Après une poignée de main à Calvin, il serra Azra dans ses bras en lui murmurant à l'oreille : «Je suis avec toi, vieux frère.». Puis, il se dégagea pour aller fumer un clope.

Le cortège s'ébranla.

Une phrase tirée d'un film de Truffaut lui revint alors incongrûment à l'esprit quand il avisa une magnifique inconnue, à la fois racée et sophistiquée, qui marchait juste devant lui :


«Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie». * 
Cette journée prenait enfin une tournure intéressante... Il se sentit presque frustré en arrivant si vite au cimetière, et davantage encore en voyant la belle eurasienne s'adresser au cousin de Morgane.


«Tiens, le jeune Calvin se serait-il finalement décidé à quitter le monde du virtuel ? Et en plus, il a bon goût le bougre...»

Mais il fut tiré de sa pensée par l'éclat d'une phrase plus ahurissante encore que la découverte du nouveau centre d'intérêt de Calvin.

— C'est la dernière fois que je mets ce chapeau !

«Abomination de la désolation ! Cette retardataire à l'allure de clocharde endimanchée, c'est... c'est CASSANDRE PARLANTI !!!»


Et bien sûr, comme un malheur n'arrivait jamais seul, Azra ne trouva pas mieux que de la lui fourrer entre les pattes. Avec un peu de chance, elle ne se souviendrait pas de lui... Mais en croisant son regard, il se rendit compte qu'elle éprouvait autant de déplaisir que lui à leurs retrouvailles forcées.

— On se connaît, fit Coriolan en réponse aux présentations inutiles d'Azra.

Et il serra la main de son ancienne et éphémère associée en cachant son agacement derrière un sourire moqueur.

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* Cette citation est tirée du film L'homme qui aimait les femmes...

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15

Ce furent les notes d'orgue accompagnant la chorale qui le sortirent de ses souvenirs sans, hélas, en effacer le goût étrangement amer. Il se sentait rétrospectivement honteux de son comportement envers Morgane. Il revoyait son regard embué de larmes. Et s'il s'était montré injuste à son égard ? Un peu perdu, il regarda autour de lui pour tenter de se raccrocher à quelque chose de réconfortant. N'était-ce d'ailleurs pas pour cela que les chrétiens venaient dans ce lieu de culte ? Pour trouver des réponses à leurs questions ? Sauf qu'à choisir il préférait "aux fictions apaisantes pour enfants les certitudes cruelles des adultes".*

Son regard tomba sur la statue de la Vierge Marie qui semblait lui sourire de son piédestal. En tant qu'athée doublé de mécréant, il se sentait le droit d'adresser bien des reproches à Dieu mais certainement pas celui d'avoir bon goût en matière de femme !


Le jeune écrivain se prit à penser que s'il n'avait pas été Coriolan, il n'aurait pu être que Dieu ! Quelle volupté de régner à travers les siècles sur tout un peuple de jolies pécheresses ! Gagné par une sorte de béatitude, il s'imaginait être le Dieu vers lequel s'envoleraient toutes leurs prières et leurs suppliques ! Un Dieu qui ne leur imposerait qu'un seul Credo :

« Aimez-moi les unes après les autres, car ceci est mon corps offert pour vous... »

Le bourdonnement insistant de la voix du prêtre à sa gauche le dérangea dans sa rêverie mégalomane.


Furieux, Coriolan se rendit compte que l'homme d'église insistait un peu trop lourdement auprès d'Azra pour qu'il prononce l'homélie. Sa réplique fusa, tranchante :

— Vous voyez bien qu'il n'est pas en état !

Il y eut comme un début de flottement mais le prêtre reprit rapidement sa place derrière l'autel et la cérémonie continua sans autre incident majeur.

Azra était toujours prostré sur son banc, la tête entre les mains. Coriolan se sentait impuissant face à cette douleur qui semblait incurable et qu'il aurait tant voulu pouvoir déloger de son esprit. Exactement comme Azra l'avait fait avec lui l'année où sa mère s'était enfuie avec son amant. Son ami l'avait invité à le suivre en vacances chez sa mère à Casablanca.


Coriolan se souviendrait toujours du premier matin où il s'était réveillé dans le riad encore endormi. Il avait gagné le patio, voûté et fleuri, ouvert sur un coin de ciel bleu d'où une brise légère faisait frissonner les feuilles d'olivier. Là, il avait savouré le délice du silence et le murmure de l'eau. Cette atmosphère sereine l'avait plongé dans un univers de douceur et de méditation qu'il n'avait plus éprouvé depuis longtemps. Il s'était senti presque apaisé. C'était là que lui était venu pour la première fois l'envie d'écrire. Et quelque part, l'écriture l'avait sauvé de la douleur et du désespoir.

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* Coriolan cite en fait M.Onfray dans son Traité d'athéologie

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11

En trois longues enjambées, Coriolan rejoignit le portail de la petite église de campagne. Il n'avait croisé personne jusqu'ici et craignait d'être en retard, mais en poussant le lourd battant, il se rendit compte qu'il était parmi les premiers arrivés.


Il aperçut Azra assis au premier rang de la travée, la tête enfouie dans ses mains, les épaules complètement affaissées sous le poids du chagrin.

Son cœur se serra.

Il détestait voir son ami malheureux, et qui pis est, malheureux à cause d'une femme.

Il s'approcha silencieusement de lui et lui étreignit l'épaule dans un geste de réconfort. Puis il se laissa tomber sur le banc derrière Azra en se lamentant silencieusement de l'ennui qu'il allait devoir endurer tout le temps de la messe de funérailles. Il n'aurait accepté ce sacrifice pour personne d'autre qu'Azra.

Le prêtre et les enfants de chœur s'affairaient autour de l'autel. Il en profita pour regarder discrètement autour de lui; l'église ne s'était que fort peu remplie : un couple d'une quarantaine d'années qu'il reconnut comme étant les patrons du café où, étudiant, il aimait traîner; Calvin, bien entendu, le cousin de Morgane qu'il avait parfois croisé quand cette dernière le prenait en vacances chez elle et dont les yeux brillants trahissaient le manque de sommeil et une certaine nervosité; un autre couple dont la pâlissime blondeur évoquait des origines nordiques et qu'il avait déjà rencontré chez Azra; deux très jolies inconnues bien qu'au style très différent, pour ne pas dire opposé, l'une arborant une mine boudeuse, et l'autre un air timide.


Il était étonné par la pauvreté de l'assemblée présente et s'interrogeait sur les liens qui l'attachaient à Morgane. Les invités gardaient-ils d'elle des souvenirs aussi catastrophiques que les siens ? Ou était-il le seul à l'avoir méprisée ? Il ne savait pas si la sensation qu'il éprouvait était liée à la sacralité du lieu mais il planait comme un parfum de mystère autour de la défunte... Et les circonstances de sa mort n'arrangeaient rien... Tiens, ce serait peut-être un bon début de trame pour son prochain livre, lui qui ne s'était jamais essayé au polar... Aussitôt formulées, il s'en voulut de ces pensées cyniques. Morgane était morte désormais et quelqu'aient été ses torts, elle ne méritait pas de mourir aussi jeune.

Il devait reconnaître que cela n'avait jamais été l'amour fou entre eux : il n'avait supporté sa présence que pour complaire à son meilleur ami. Sans savoir pourquoi, il l'avait prise en grippe dès le début de sa relation avec Azra, comme s'il avait pressenti la manière dont leur histoire d'amour se terminerait.

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20 mai 2009

14 par Lindsay Dole

Finalement, il eut la décence de m'abandonner derrière mon infect tas d'immondices sans attendre que j'en émerge (surement avec des vieux poireaux coincés dans le ruban de mon chapeau de surcroit). Et nous pûmes donc atteindre l'appartement en toute quiétude avec Kaya.
Il nous suivit de près. J'avais tout juste eu le temps de proposer un thé à  ma jeune stagiaire Suédoise, qu'il sonna à la porte. Nigel. Le sublime, l'excitant, le fantasmagorique Nigel. Doux comme une guimauve. Tendre comme un chamallow. Bon, vous avez compris, nul doute qu'à  l'époque, et bien voilà ... J'aurais bien voulu que... Mais n'allons pas trop vite, nous n'y sommes pas encore.
J'ouvre donc la porte à Nigel, des frissons plein la peau et des sourires pleins la bouche. Je le connaissais depuis peu de temps, mais ça avait tout de suite bien accroché entre nous. Et on s'était rapidement liés. Comme il créchait aussi dans le bio, l'écologie et la vie saine, et qu'il était aussi Suédois, j'avais naïvement pensé qu'il pourrait m'assister dans mes éventuelles galères de traduction avec Kaya. Ouais, je suis très con des fois. En même temps, que voulez vous, c'est moi...
Parce qu'n plus d'être un plat de nouille, naïf et crétin, je suis aveugle.
J'ai effectivement remarqué que le courant passait plutôt bien entre Kaya et Nigel. Forcément, ils avaient certaines choses en commun, outre leur amour du bio et de l'écologie... La langue ça aide aussi... La culture, le pays. Bref toutes ces choses que je n'avais pas. Et donc ça plaisantait sec.
Après une bonne heure, passée en observation sur les lieux, je propose à Nigel d'aller déjeuner en tête à tête au troquet de ma jeunesse, à un long quart d'heure de marche. Kaya, quant à elle, nous quitte sur le seuil de l'immeuble pour retourner construire les plans au cabinet.
Le trajet fut parsemé d'embûches. Il fallut contourner plusieurs rues afin d'éviter Coriolan Galen qui décidément s'était mis en tête de rôder dans le coin (sérieux, il me suivait ou quoi ?).
Puis je me fis héler depuis le trottoir voisin par un couple que, sur le coup, je fus totalement incapable d'identifier. Un grand basané, et une jeune brune. De mon âge à peu près. C'est Nigel qui me surprit en les interpelant à son tour :
- Azra ! Morgane ! Mais qu'est-ce que vous faites par ici ?
Foutue mémoire. Je ne devrais jamais perdre les gens de vue pour ne pas les oublier.
Vous savez, cette solitude absolue que l'on ressent face à l'autre qui vous a reconnu et que vous ne remettez pas. J'étais comme ces personnages de manga. Avec des yeux ronds et une grosse goutte qui dégouline le long de la tempe.
Ouais. Ahah. Je devais ressembler... A peu près à ça... Hélas...
Après quelques tournures de politesse, nous échangeons nos adresses et nos numéros de téléphone en nous promettant de ne plus nous lâcher cette fois. Et que c'est juré, ils viendraient tous les deux à ma pendaison de crémaillère quand l'appartement serait terminé.
Et j'arrive enfin à mon tête à tête. Au troquet. Face à mon beau Suédois. Emoustillée comme une adolescente. Préparant déjà à  l'avance dans ma tête des milliers de scénarii tous plus romantiques les uns que les autres.
J'ai peut être une mémoire de merde, en revanche l'imagination, ça y va. Croyez-moi.
Il m'emmènerait là où nous nous sommes rencontrés. La première fois. En sortant du restaurant. Là , il m'avouerait qu'il n'a jamais oublié notre rencontre. Qu'il s'en rappelle les moindres détails (ouais ben quand on n'a pas de mémoire, on compte un peu sur celle des autres, vous moquez pas), ma coiffure, mes vêtements... Il me reprocherait aussi mon apparente légèreté qui donne l'impression souvent que je n'ai d'attache avec personne. Nulle part. Parce que ne dire que les qualités c'est pas romantique, c'est cliché. C'est nunuche. Et moi je ne veux pas de nunuche. Et il m'embrasserait devant un soleil couchant qui surplomberait la mer de son aura dorée... Ouais sauf que là c'est grave cliché... Et qu'en plus, y a même pas la mer dans le coin.
Ainsi donc perdue dans mes douces pensées sucrées, j'eus l'impression de me prendre le chariot de barbapapa en pleine face quand il me demanda, tout rougissant :
- Dis-moi, Cassie... Ca fait longtemps que tu connais Kaya ? Elle a quelqu'un ?
Il n'y eut pas que les mots qui se répétaient. La sensation d'avoir déjà vécu cette scène. Trop de fois. Les gestes aussi furent identiques. Je m'effondrai sur la table. Anéantie.
- Je veux mourir.

12 par Lindsay Dole

Je me dirige vers un coin de la salle. Au hasard. Tapisserie. Je vais faire tapisserie. Je manque bien sûr de me prendre le mur en surveillant Coriolan du coin de l'oeil le temps que dure mon déplacement.
C'est bon Cassandre, on arrête les frais... Tu t'es suffisamment faite remarquer pour aujourd'hui.
J'avoue que je ne l'aie aperçue qu'une fois installée contre le mur. Cette fille aux cheveux très courts et très rouges. Comme le hasard nous a voulues compagnes de mur, je lui souris. Doucement.
Ses lèvres se pincent. Lui aurais-je fait du tort dans une autre vie pour qu'elle m'assassine à ce point de ses prunelles noires ?
Aurais-je commis un irréparable impair en m'installant ici ? Peut-être était-ce son mur ? Je joue un instant avec les pointes de mes chaussures, histoire de me donner une contenance.
- Ne fais pas semblant. Ca m'énerve.
- Mais non, je ne t'avais pas vue... Vraiment... Excuse-moi.
Je pense qu'elle a dû voir que je plissais les yeux sous l'effort que je faisais pour tenter de la reconnaître. C'est terrible tous ces gens qui vous tutoient et à qui vous avez envie de répondre "vous". Elle perçoit le malaise.
- Je te perturbe parce que tu ne sais pas si on se connaît. Exact?
- J'avoue...
Soulagée. Maintenant peut être que je vais pouvoir avoir une vraie conversation.
- Et pour Morgane : il a fallu qu'on te rappelle qu'elle était ton amie ou tu as réussi à t'en souvenir toute seule?
Je crois que je vais me chercher un autre mur en fin de compte. Je lui adresse en passant le sourire le plus imbécile que je sais faire, le ton le plus naïf que je peux exprimer.
- Oh, tu sais, tu me connais... J'ai vu de la lumière, et je suis rentrée.
J'ignore son haussement d'épaules. Celui là -bas conviendra très bien, il n'y a encore personne dessus.
Et tandis que je me dirige vers mon nouveau mur, je tombe face au grand blond et sa compagne aussi blonde que lui (celle qui a un parachute à la place du ventre).
- Nous te cherchons depuis le début de la réception, Cassandre ! Me lance le garçon avec un sourire ultra brite colgate over sexy de la mort.
Un léger accent. Mais non. Je ne le remets toujours pas vraiment.
- C'est gentil. Ca me fait plaisir de vous voir aussi.
Eh oui ! L'art de faire croire qu'on se rappelle les choses qui nous dépassent. Des années d'expérience, les enfants ! Des années d'expérience... Cassie number one !
- Nous voulions te demander si tu serais d'accord pour que notre fille puisse avoir Cassandre en deuxième prénom.
Merde, mais je les connais à ce point là ? C'est la méga giga honte pour le coup...
- Je suis vraiment touchée. Mais mon prénom est peut être un peu lourd à porter...
- Pour ça qu'il ne serait que le second, appuie le jeune homme.
Vas-y enfonce moi. Enfin, au moins il est direct. Je libère un rire évasif. Sa compagne a la bonté de me révéler le fin mot de l'histoire :
- C'est pour te remercier.
- Me remercier ?
Non mais au secours ! Une bouée ! Je me noie ! Et flûte, je rêve ou Coriolan me regarde... Encore... A croire que je suis un sujet d'étude pour son prochain roman. C'est pas possible autrement.
- Oui, c'est quand même grâce à toi si Nigel et moi...
Je n'écoute pas la suite. Nigel... Nigel. Nigel ! NIGEL ! Ca y est ! J'y suis !

11 par Lindsay Dole

La salle qu'Azra avait louée n'était pas très grande. Morgane était pourtant une jeune femme sociable qui savait attirer le monde autour d'elle. Quels changements se sont produits dans sa vie pour créer un tel vide ?
De petits groupes se forment entre les tables. Attirés par les liens et les souvenirs communs qui les unissent... Ou au contraire guidés par une absence totale de lien qui va leur permettre d'en nouer de nouveaux.
J'ai lâché Coriolan.
Je ne vais pas lui imposer ma présence. Il est évident que ma compagnie ne l'intéresse pas le moins du monde.
Je suis déjà suffisamment dans l'embarras de par mon retard, inutile d'entrainer les autres avec moi dans le malaise.
J'entreprends donc un tour des groupes de convives (tout en scrutant ceux où s'ntègre Coriolan, afin d'éviter la bévue de me retrouver dans le même que lui)
Zut ! Il a vu que je le regardais...
En reculant, je percute la table où se servait une jeune femme.
- Eh bien Cassandre ? Tu ne sais plus où tu vas ?
Je tique légèrement en détaillant les traits de son visage.
Bordel à queue !... Mais c'est la fille qui m'a chouravé mon taxi tout à l'eure ! Je savais bien que je la connaissais !
Je plisse les yeux sous l'effort continu que cherche à faire ma mémoire.
Elle me sourit de cet air affable qui me fait comprendre qu'elle est au courant.
- Lucia Bianchi... Ta cousine...
Et là , je vous vois tous morts de rire... Même sa famille ! Elle est incapable de reconnaître les membres de sa propre famille...
Ben ouais.
Voilà . On ne peut pas dire non plus que Lucia et moi étions très proches. D'abord elle est de la famille de mon père. C'est peut être un détail pour vous, mais pour moi je vous assure que c'est une raison amplement suffisante qui explique que je n'ai pas à me rappeler d'elle. Ensuite, la dernière fois que je l'ai croisée je devais avoir quoi ? Quatorze ans ? Mes problèmes de mémoire commençaient tout juste à cette époque. Donc vous conviendrez aussi que seize années se sont écoulées entre temps, et que Lucia ne ressemble plus aujourd'hui à la petite fille de sept ans que j'avais connue alors.
D'ailleurs elle ne semble pas choquée par le fait que je ne la reconnaisse pas, elle. En même temps, un point pour elle ! Elle m'a reconnue sans hésitation. Elle est drôlement physionomiste !
- Tu connaissais Azra ou Morgane, Cassandre ?
- Les deux. Mais ce sont bien les seuls ici !
J'étouffe un rire pour détendre un peu l'atmosphère.
- Ah bon ? Pourtant tu avais l'air de connaître aussi le grand gars aux cheveux longs là bas.
Rah ! Elle m'oblige à regarder Coriolan au moment où évidemment une fois de plus nos yeux se croisent.
Je murmure. Je suis à peine audible. Trop tard, je suis persuadée qu'il m'a vue.
- Oui mais disons qu'avec lui c'est un peu particulier... A chaque fois que je le vois je...
- Tu le reconnais ?
- Mais pourquoi tu parles aussi fort, oui... Je le reconnais... Enfin j'essaye de t'expliquer que...
Et là je ne sais pas ce qu'il lui a pris, mais Lucia s'est mise à hurler. Sérieux, je pense qu'il y en a peut être en Papouasie inférieure qui n'ont pas dû entendre... A l'extrême rigueur...
- Tiens ! Tu ne m'avais pas dit un jour que le seul homme que tu reconnaitrais n'importe où et n'importe quand serait l'homme de ta vie ?
Je crois finalement qu'il y a parfois du bon à oublier certaines choses...
J'ai tellement chaud que j'ai l'impression que de la fumée traverse mes vêtements. Je n'ose pas me retourner. Je n'ose pas, mais en même temps... Je le fais ! Bingo ! J'aurais dû le parier. Il me regarde. Il me regarde si profondément que je ne pourrais plus me cacher nulle part.

05 par LindsayDole

Evidemment, lorsque je suis arrivée, ils avaient tous quitté l'église depuis plusieurs minutes. J'ai dû courir (en me tordant quinze fois la cheville) à travers toutes les allées du cimetière pour rejoindre le cortège. Ils n'étaient pas bien nombreux. Ce petit comité m'a surpris au premier abord. Ils venaient de descendre le cercueil dans la tombe.
Morgane ne m'en voulait surement pas de mon retard.
Morgane savait bien que je serai en retard aussi pour ça (même pour ça, oserai-je dire).
Morgane avait de la tendresse pour tous mes actes manqués.
Les autres, en revanche...
J'ai pourtant ralenti le pas quand j'ai aperçu l'assemblée en haut de la petite butée. Un peu à l'écart. J'ai pourtant fait attention à ne pas faire trop de bruit. A ne pas me faire remarquer.
Mais rien que le déplacement de l'air, dans ce silence pesant, a suffi à attirer tous les visages vers moi.
La première phrase qui me vient alors à l'esprit est stupide et sans intérêt. En même temps je préfère la libérer avec cette tension palpable qui me compresse à m'étouffer.
- C'est la dernièe fois que je mets ce chapeau...
J'entends quelques soupirs. Je surprends quelques haussements d'épaules. Puis tout rentre dans l'ordre. Ils se désintéressent de mon cas désespéré.
Ne t'nquiète pas Morgane, je ne te volerai pas la vedette aujourd'hui.
Je calme le bouillonnement intérieur qui me secoue de sueur et de fièvre en détaillant les silhouettes qui se sont retournées.
Tous me sont familiers. Ce grand blond par exemple, je sais que je l'ai connu. Mais d'où déjà ? Il est accompagné par cette créature aussi blonde que lui, enceinte jusqu'aux yeux, gracile et féminine. Ses traits me parlent. Vaguement. Je ne parviens pas à la remettre.
Et tiens, cette fille aux cheveux rouges... Celle qui fait la tête de celle à qui on a volé la soupe... Je l'ai surement croisée toute ma vie. Son visage fermé semble m'indiquer que sa mauvaise humeur n'est pas exactement due au chagrin. Croisée. Parlé à  peine. Ou tout juste regardé. Je ne sais plus. Je ne me rappelle plus avec certitude.
Le jeune homme maladroit, qui parle à tout le monde, me dit aussi quelque chose. Je crois l'avoir vu à plusieurs reprises chez Morgane. Mais son nom... Les circonstances, les liens m'échappent. Tout se découd, se découd si vite dans mon esprit...
Je recule de quelques pas. Je ne veux plus en regarder d'autres.
Quelques yeux prennent de nouveau appui sur mon visage maladroit. Mes gestes moites. Remplis de reproches.
Tiens, encore en retard la greluche ?
Décidément pas fichue d'arriver à l'heure celle-là . Même aux obsèques de son amie.
Si encore elle était discrète, mais elle n'a pas trouvé plus grand comme chapeau ? Elle compte faire le service des boissons avec ou quoi ?
Est-ce qu'elle est sûre au moins d'être au bon enterrement, cette idiote ? Après tout, elle aurait été capable de suivre un cortège au pif du cimetière, avec sa mémoire de poisson rouge. Comme un petit chien.
Mes pensées acides m'arrachent un petit rire léger.
C'est ma réponse à ces yeux accusateurs. La seule lutte que je me sens apte à leur confronter.
Et dans cette foule de regards dédaigneux, je repère soudain deux prunelles d'onyx, dont la bienveillance et la tendresse apaise progressivement la compression de mes pauvres viscères meurtris de honte.

01 janvier 2009

Elections Miss & Mister Critisims 2009

Pour la deuxième année consécutive, le forum Critisims organisait l'élection pour une année entière d'une Miss et d'un Mister dont la mission était de représenter le forum en apparaissant dans les divers designs du forum chaque mois, vêtus selon les thèmes d'animations proposés... 

Dans ce concours, comme dans tout concours de beauté, nos Sims et Simsettes devaient poser en maillot, tenue de soirée et tenue libre.

Mes deux candidats étaient arrivés chacun 3ème ! 😊

Tamara :

Elections Miss & Mister Critisims 2009

Coriolan :

Elections Miss & Mister Critisims 2009

 

La photo de groupe des gagnants :

Elections Miss & Mister Critisims 2009
image©LindsayDole

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