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07 juillet 2010

24



L'importun n'était autre que Calvin qu'il n'eut pas le cœur de rabrouer.

— Je reviens tout de suite, promit-il à la jeune femme blonde.

Et il s'éloigna avec Calvin de quelques pas.

Le jeune homme fourrageait sa toison, une expression embarrassée peinte sur tout le visage.

— Oh toi, tu as un service à me demander... J'espère que ce n'est pas ma voiture que tu convoites car je ne la prête à personne... Le tour de tout à l'heure ne t'a donc pas suffi ?

Calvin lui adressa un sourire crispé.

— Euh non...si... tu n'y es pas du tout... je... euh... j'aurais juste besoin que tu ailles chercher des chaises à la cave... et... euh...

— Des chaises ? A la cave ? Moi ? Ne me dis pas qu'à ton âge, tu as encore peur du noir ! Tu sais, il y a fort peu de risques pour que tu y croises Diablo, tapi dans un recoin sombre, ne put-il s'empêcher de le taquiner.

Calvin émit un rire forcé :

— Non, bien sûr que non... Azra m'a chargé d'y aller mais j'ai un truc extrêmement important à lui dire... s'il te plaît... c'est vraiment très important... et personnel... s'il te plaît... Je dois lui parler absolument !

Coriolan hésita un instant, mais l'air suppliant de Calvin le convainquit d'accepter.

— Tu as gagné... Mais gare à toi si tu t'es moqué de moi...




En remontant de la cave un long moment plus tard, Coriolan dut s'appuyer un moment contre le chambranle de la porte. La scène qui venait de se dérouler avec Cassandre l'avait ébranlé bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Il laissa la jeune femme s'éloigner le temps de reprendre ses esprits. Comment pourrait-il désormais se comporter en sa présence d'une manière naturelle ? Et surtout qu'attendait-elle de lui ? En tout cas, rien de ce qu'il ne pourrait – ne voudrait – lui donner. Il décida qu'une explication s'imposait avec Azra mais avant toute chose, il avait besoin d'une cigarette pour apaiser le tourment de son esprit. Perdu dans ses pensées tumultueuses, il buta contre la petite Vicky qu'il eut juste le temps de rattraper par le haut du bras.

— Non, mais c'est dingue ça, vociféra la demoiselle avant même qu'il ait le temps de s'excuser, vous vous êtes tous donnés le mot ou quoi ?


Interloqué devant tant d'agressivité, Coriolan en oublia de répliquer. Puis, il remarqua les longues traînées de mascara qui maculaient ses joues, mais la jeune fille le coupa dans son élan de sympathie en le rabrouant sur un ton à peine moins rogue :

— Rien rien, laissez tomber...

Et elle s'adossa contre le mur. Un peu déstabilisé par ces manières , Coriolan choisit finalement de lui tendre son mouchoir tout en mimant le geste de s'essuyer la figure. Après un moment d'hésitation, Vicky le prit.

— Merci... fit-elle, assez séchement. C'est parce que je suis laide ou que je vous fais pitié?

— Détrompez-vous : je n'agis que par pur égoïsme...

Et comme elle haussait les sourcils de surprise, il continua presque malgré lui:

— Je déteste voir pleurer les jolies filles...

Aussitôt prononcées, il regretta ces paroles dignes d'un dragueur de bas étage et qui n'obtinrent de Vicky qu'un pouffement de rire ironique. Il reconnut en son for intérieur qu'il avait bien mérité cette réaction. Il tenta alors d'effacer l'impression désastreuse de sa dernière phrase :

— Et si vous me confiez ce qui vous chagrine ? Parfois, il est plus facile de parler à un parfait inconnu...

— Et je suis certaine que cette proposition est purement innocente... Vous perdez votre temps : je ne suis pas d'humeur à jouer les ingénues.

Sur ces paroles définitives, Vicky lui rendit son mouchoir, accroissant le désarroi du jeune écrivain. Que lui arrivait-il ? C'était la première fois qu'il enchaînait déboire sur déboire en une seule journée. Il ne pouvait pas quitter les lieux sur cette note lamentable : repartir seul et donner ainsi raison au Suédois. Il s'apprêtait à la retenir quand il se sentit vivement tirer en arrière.


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23

Un coup d'œil vers la belle eurasienne lui apprit que c'était le moment ou jamais de l'aborder. Il happa deux coupes de champagne au passage et se dirigea vers la mystérieuse inconnue. Il attendait ce moment depuis la sortie de l'église. Cela faisait longtemps que ses yeux ne s'étaient pas posés sur une femme aussi magnifique : sa fine silhouette racée, son magnifique teint d'ivoire que faisaient ressortir de magnifiques cheveux d'ébène et de magnifiques yeux sombres, sa grâce altière, tout chez elle personnifiait l'essence même de la féminité.


Arrivé à sa hauteur, il lui tendit une de ses coupes en accompagnant son geste de son sourire le plus charmeur :

— Par quelle étrange circonstance la plus belle femme de l'assemblée se retrouve-t-elle seule ?

— Seule ? Sourit l'inconnue en le dévisageant avec curiosité. Quelle drôle d'assertion... Je ne me sens pas seule... Par contre, je ressens beaucoup de solitude parmi cette poignée de gens rassemblée ici. C'est triste, mais quand je jette un œil autour de moi, je me dis que Morgane n'avait pas tant de proches que ça... Je pensais qu'elle avait beaucoup plus de connaissances... Vous étiez un ami ?

— Un ami ? On ne peut pas vraiment dire ça comme ça... Morgane était l'ex-compagne de mon meilleur ami, mais nous ne nous entendions guère...

— Ah ? Fit-elle avec une pointe de déception dans la voix. Morgane était pourtant une jeune femme affable et enjouée, et qui avait le don d'attirer la sympathie.

— Eh bien, ce n'est pas du tout l'image que je garderai d'elle, désolé ! De toute façon, on ne connaît jamais vraiment l'autre, n'est-ce pas ? Vous, par exemple, êtes-vous aussi mystérieuse et captivante que ce que vous semblez dégager ?

— A chacun ses mystères, cher monsieur, et j'ai bien peur que le mien ne reste entier... pour l'instant tout du moins ! Ajouta-t-elle dans un sourire énigmatique, presque séducteur.

Ce sourire eut pour conséquence de raviver les espérances du jeune écrivain, qui déchanta pourtant dès la phrase suivante :

— Pour l'heure, j'ai du mal à croire que vous ne puissiez trouver une seule qualité à cette pauvre Morgane. Après tout, vous l'avez suggéré vous-même, que saviez-vous vraiment d'elle ?

— Abomination de la désolation ! Se désespéra presque Coriolan sur un ton de doux reproche. Pourquoi tout cet intérêt pour Morgane ? Elle est morte mais je suis vivant moi !

L'inconnue posa un regard rêveur sur son interlocuteur tout en trempant ses lèvres dans le champagne frais.

— Certes, certes... Vivant, dieu merci, tout comme ce jeune homme, là, au fond... Je viens d'apprendre que c'était son cousin Calvin. Vous vous rendez compte ? Jamais Morgane ne m'en avait parlé !

— Vous étiez donc si proche d'elle ? Depuis quand la connaissiez-vous ? C'est étrange mais je ne vous ai jamais aperçue en sa compagnie. Et pourtant, un visage aussi enchanteur que le vôtre serait resté gravé dans ma mémoire...

— Tout comme le vôtre, tout comme le vôtre... Puis-je vous confier mon sentiment ? J'ai de la peine pour ce gamin. Vous imaginez le déchirement qu'il peut ressentir ? Il aura sûrement besoin de soutien et de compagnie. Si seulement je savais où il vivait, je lui aurais volontiers rendu visite. Peut-être avez-vous une adresse à me communiquer...?

— Malheureusement, je ne l'ai pas en tête mais... si l'idée de me laisser votre numéro ne vous dérange pas, je vous promets de vous rappeler. Au fait, comment vous appelez-vous ?

— Appelez-moi Diamond... juste Diamond.

Il était sur le point de se présenter à son tour quand une phrase lancée d'une voix clairement distincte par la jolie blonde le fit se retourner illico :

— Tu ne m’avais pas dit un jour que le seul homme que tu reconnaîtrais n’importe où et n’importe quand serait l’homme de ta vie ?


Le doute n'était plus permis : en voyant l'air affreusement gêné de Cassandre posé sur lui, il comprit que les deux jeunes femmes étaient en train de parler de lui ! Qu'est-ce que cette écervelée était donc allée inventer ? Il avait toujours eu horreur de ce genre de commérages, et davantage encore de celles qui le colportaient.

Oubliant Diamond et ses projets galants, il profita de la fuite de Cassie – décidément, cette dernière maîtrisait ce genre de lâcheté avec un art consommé – pour s'adresser à la jeune femme blonde.

— J'ai cru comprendre que vous parliez de moi...

Puis il continua sans tenir compte de la gêne que son interlocutrice semblait éprouver à cette entrée en matière un brin cavalière :

— A l'avenir, si vous avez besoin de savoir quoique ce soit à mon endroit, adressez-vous directement à moi, je me ferai un plaisir de satisfaire votre curiosité !

— Mais... je... protesta-t-elle en piquant un fard. C'est ma cousine qui s'intéresse à vous, pas moi...

L'air faussement sévère, il prit tout son temps pour la détailler avant de reprendre la parole sur un ton plus doux :

— Ah ? Cassandre Parlanti est votre cousine ? Vous ne vous ressemblez pas du tout... et croyez-moi, c'est tout à votre avantage ! D'ailleurs, je me demandais... votre cousine aurait-elle des problèmes d'argent ?

— Des problèmes d'argent ? Non, pas que je sache... Pourquoi cette question ?

— Une idée comme ça... Enfin, à la voir ainsi vêtue, on a l'impression qu'elle est allée faire son shopping chez Emmaüs, vous ne trouvez pas ?

Il eut le plaisir de la voir étouffer un éclat de rire entre ses doigts effilés.

— Vous devriez avoir honte, lui reprocha-elle – mais ses yeux pétillants démentaient ses propos. Ma pauvre cousine est certes un peu excentrique... mais ce n'est pas un crime !

— Non, effectivement... le seul crime que l'on pourrait lui reprocher, c'est de m'avoir caché l'existence de sa belle et jeune cousine... sans oublier son absolu mauvais goût en matière vestimentaire, je suis définitivement intraitable sur ce dernier point.

Ce disant, sans même qu'il l'ait décidé, son regard chercha celle qu'il était en train de dénigrer. Elle aussi le regardait et il en fut agacé au plus haut point. Il éprouva soudain l'envie puérile de la faire enrager, et comment mieux faire enrager une femme qu'en accordant tout son intérêt à une autre ? Il eut honte de vouloir rendre jalouse Cassandre en se servant de cette jeune cousine providentielle mais c'était plus fort que lui : dès que la brunette se trouvait dans les parages, un mélange de rage et de colère l'envahissait, qu'il camouflait sous un flegme apparent nuancé d'un soupçon d'ironie.

Mais il n'eut pas le temps de pousser son projet très avant car peu après il sentit quelqu'un le tirer par la manche.


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22




A part Cassie et Azra, Nigel était le seul dans sa tranche d'âge qu'il connaissait déjà. Il ne pouvait décemment pas monopoliser son ami, qui se devait à ses invités en ce jour si particulier. Quant à Cassandre, sans qu'il sache pourquoi, sa fierté le retenait de faire le premier pas bien qu'il se sentît des torts envers elle. Il faillit pourtant se raviser quand il l'aperçut, seule en plein milieu de la salle, avec un air perdu et désemparé à vous fendre le cœur. Leurs regards se croisèrent. Il esquissa à son attention un sourire d'encouragement... qui se figea en un rictus de déconvenue quand la jeune femme déclina son offre de paix en détournant brusquement la tête.

C'est donc d'un pas soulagé qu'il se dirigea vers le Suédois à qui il sourit amicalement :

— Bonjour... Nigel, c'est ça ? Je suis ravi de te revoir, même si j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances...


Nigel prit tout son temps pour lui serrer la main tout en scrutant les alentours d'un air faussement étonné.

— Pas possible, Galen ! Tu as cassé ton joujou extra que tu arrives seul à la réception ? Ça craint...

A ces mots, Coriolan haussa un sourcil d'incompréhension, surpris de déceler dans le ton du jeune homme un soupçon d'agressivité. Puis son regard se porta sur sa compagne, dont la grossesse semblait déjà bien avancée.

— Mazette, tu es à cran, se moqua-t-il en songeant qu'allongée sur un lit Kaya devait ressembler à une baleine échouée sur une plage – un véritable tue-désir ! Si je puis me délester d'un conseil, tu devrais canaliser ton surplus d'énergie en multipliant les séances de sport ! Je vais d'ailleurs en toucher deux mots à Azra... Pour le reste, continua-t-il en lui tapotant paternellement l'épaule, ne te fais donc pas de souci pour moi : l'important n'est pas d'arriver seul mais de repartir accompagné...

Il souligna ces paroles d'un clin d'œil suprêmement narquois.

Avant de prendre congé, il ne résista pas à l'envie de titiller encore un peu le Suédois.

— Au fait, toutes mes félicitations, Kaya. Je ne sais pas si vous connaissez le sexe de votre bébé, mais si vous accouchez d'un petit gars, que diriez-vous de l'appeler Coriolan ?

Puis il s'éclipsa avant que Nigel ait repris ses esprits. En contournant l'une des tables, son regard croisa à nouveau celui de Cassandre, intensément posé sur lui. Elle semblait en plein conciliabule avec une jeune femme blonde qui le détaillait avec intérêt.

«Tiens... On parle de moi à ses amies ! En se plaignant de mes mauvaises manières, j'imagine...»

Et ce fut à son tour de détourner la tête sans vergogne.


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16


La cérémonie se terminait enfin.


Au sortir de l'église, Coriolan fut le premier à adresser ses condoléances aux deux hommes endeuillés. Après une poignée de main à Calvin, il serra Azra dans ses bras en lui murmurant à l'oreille : «Je suis avec toi, vieux frère.». Puis, il se dégagea pour aller fumer un clope.

Le cortège s'ébranla.

Une phrase tirée d'un film de Truffaut lui revint alors incongrûment à l'esprit quand il avisa une magnifique inconnue, à la fois racée et sophistiquée, qui marchait juste devant lui :


«Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie». * 
Cette journée prenait enfin une tournure intéressante... Il se sentit presque frustré en arrivant si vite au cimetière, et davantage encore en voyant la belle eurasienne s'adresser au cousin de Morgane.


«Tiens, le jeune Calvin se serait-il finalement décidé à quitter le monde du virtuel ? Et en plus, il a bon goût le bougre...»

Mais il fut tiré de sa pensée par l'éclat d'une phrase plus ahurissante encore que la découverte du nouveau centre d'intérêt de Calvin.

— C'est la dernière fois que je mets ce chapeau !

«Abomination de la désolation ! Cette retardataire à l'allure de clocharde endimanchée, c'est... c'est CASSANDRE PARLANTI !!!»


Et bien sûr, comme un malheur n'arrivait jamais seul, Azra ne trouva pas mieux que de la lui fourrer entre les pattes. Avec un peu de chance, elle ne se souviendrait pas de lui... Mais en croisant son regard, il se rendit compte qu'elle éprouvait autant de déplaisir que lui à leurs retrouvailles forcées.

— On se connaît, fit Coriolan en réponse aux présentations inutiles d'Azra.

Et il serra la main de son ancienne et éphémère associée en cachant son agacement derrière un sourire moqueur.

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* Cette citation est tirée du film L'homme qui aimait les femmes...

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15

Ce furent les notes d'orgue accompagnant la chorale qui le sortirent de ses souvenirs sans, hélas, en effacer le goût étrangement amer. Il se sentait rétrospectivement honteux de son comportement envers Morgane. Il revoyait son regard embué de larmes. Et s'il s'était montré injuste à son égard ? Un peu perdu, il regarda autour de lui pour tenter de se raccrocher à quelque chose de réconfortant. N'était-ce d'ailleurs pas pour cela que les chrétiens venaient dans ce lieu de culte ? Pour trouver des réponses à leurs questions ? Sauf qu'à choisir il préférait "aux fictions apaisantes pour enfants les certitudes cruelles des adultes".*

Son regard tomba sur la statue de la Vierge Marie qui semblait lui sourire de son piédestal. En tant qu'athée doublé de mécréant, il se sentait le droit d'adresser bien des reproches à Dieu mais certainement pas celui d'avoir bon goût en matière de femme !


Le jeune écrivain se prit à penser que s'il n'avait pas été Coriolan, il n'aurait pu être que Dieu ! Quelle volupté de régner à travers les siècles sur tout un peuple de jolies pécheresses ! Gagné par une sorte de béatitude, il s'imaginait être le Dieu vers lequel s'envoleraient toutes leurs prières et leurs suppliques ! Un Dieu qui ne leur imposerait qu'un seul Credo :

« Aimez-moi les unes après les autres, car ceci est mon corps offert pour vous... »

Le bourdonnement insistant de la voix du prêtre à sa gauche le dérangea dans sa rêverie mégalomane.


Furieux, Coriolan se rendit compte que l'homme d'église insistait un peu trop lourdement auprès d'Azra pour qu'il prononce l'homélie. Sa réplique fusa, tranchante :

— Vous voyez bien qu'il n'est pas en état !

Il y eut comme un début de flottement mais le prêtre reprit rapidement sa place derrière l'autel et la cérémonie continua sans autre incident majeur.

Azra était toujours prostré sur son banc, la tête entre les mains. Coriolan se sentait impuissant face à cette douleur qui semblait incurable et qu'il aurait tant voulu pouvoir déloger de son esprit. Exactement comme Azra l'avait fait avec lui l'année où sa mère s'était enfuie avec son amant. Son ami l'avait invité à le suivre en vacances chez sa mère à Casablanca.


Coriolan se souviendrait toujours du premier matin où il s'était réveillé dans le riad encore endormi. Il avait gagné le patio, voûté et fleuri, ouvert sur un coin de ciel bleu d'où une brise légère faisait frissonner les feuilles d'olivier. Là, il avait savouré le délice du silence et le murmure de l'eau. Cette atmosphère sereine l'avait plongé dans un univers de douceur et de méditation qu'il n'avait plus éprouvé depuis longtemps. Il s'était senti presque apaisé. C'était là que lui était venu pour la première fois l'envie d'écrire. Et quelque part, l'écriture l'avait sauvé de la douleur et du désespoir.

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* Coriolan cite en fait M.Onfray dans son Traité d'athéologie

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20 mai 2009

16 par Lindsay Dole

C'est Azra qui me tire de cette rêverie solitaire au moment où l'émotion commençait à m'étrangler un peu trop fort. Alléluia !
Il me prend par les épaules, m'extrait de la cachette dans laquelle je me suis fourguée sans m'en rendre compte.
- Alors, Cassie, dis moi tout. Qu'est-ce que tu dessines en ce moment ?
Enfin quelqu'un qui me porte un minimum d'intérêt. A travers le sourire que je lui rends, je sens que c'est du miel qui coule dans mes veines.
- J'illustre une édition reliée cuir pour une adaptation des Mille et une Nuits...
Tiens, les yeux de Coriolan ! Ca faisait longtemps que... Bordel à queue ! C'est pas vrai ! Je n'ai pas fait ça ! Je n'ai pas fait CA !
CA me saute à la figure comme une évidence.
Vue la couleur écrevisse que vient de prendre subitement mes mains, je n'ai soudain plus aucun doute sur celle que peut avoir mon visage.
Et pauvre Azra qui a surement cru bon me secourir en ajoutant :
- Dis donc, j'espère que tu nous l'as faite sexy Schéhérazade !
Là , c'est la goutte d'eau (enfin celle que je n'ai plus, vu que toute l'eau s'est évaporée de mon corps avec ma brusque montée de fièvre).
De nouveau les yeux de Coriolan.
C'est fini. J'ai fondu. Il n'y a plus qu'une petite flaque de Cassandre sur le sol. Je suis sure que certains ici se feront un plaisir de passer la serpillère. Non seulement j'ai représenté Coriolan Galen en Schariar... En sublime Schariar... Mais...
- Je veux mourir.
Et je veux surtout disparaitre, loin, très loin... Maintenant. Tout de suite.
Azra parait un peu inquiet devant le subit tremblement de mes mains.
- Je vais aller fumer dehors, je crois.
- Tu n'avais pas arrêté, Cassie ?
- Si. Mais je pense qu'il devient urgent que je reprenne.
Je me dirige vers une porte. Au hasard. Les derniers mots que j'entends sont ceux d'Azra qui me crie :
- Cassie ! Pas par là ! C'est la cave !
La cave. Encore mieux. J'y serai bien rangée. Je n'y verrai plus personne. Je n'y manquerai à personne.

12 par Lindsay Dole

Je me dirige vers un coin de la salle. Au hasard. Tapisserie. Je vais faire tapisserie. Je manque bien sûr de me prendre le mur en surveillant Coriolan du coin de l'oeil le temps que dure mon déplacement.
C'est bon Cassandre, on arrête les frais... Tu t'es suffisamment faite remarquer pour aujourd'hui.
J'avoue que je ne l'aie aperçue qu'une fois installée contre le mur. Cette fille aux cheveux très courts et très rouges. Comme le hasard nous a voulues compagnes de mur, je lui souris. Doucement.
Ses lèvres se pincent. Lui aurais-je fait du tort dans une autre vie pour qu'elle m'assassine à ce point de ses prunelles noires ?
Aurais-je commis un irréparable impair en m'installant ici ? Peut-être était-ce son mur ? Je joue un instant avec les pointes de mes chaussures, histoire de me donner une contenance.
- Ne fais pas semblant. Ca m'énerve.
- Mais non, je ne t'avais pas vue... Vraiment... Excuse-moi.
Je pense qu'elle a dû voir que je plissais les yeux sous l'effort que je faisais pour tenter de la reconnaître. C'est terrible tous ces gens qui vous tutoient et à qui vous avez envie de répondre "vous". Elle perçoit le malaise.
- Je te perturbe parce que tu ne sais pas si on se connaît. Exact?
- J'avoue...
Soulagée. Maintenant peut être que je vais pouvoir avoir une vraie conversation.
- Et pour Morgane : il a fallu qu'on te rappelle qu'elle était ton amie ou tu as réussi à t'en souvenir toute seule?
Je crois que je vais me chercher un autre mur en fin de compte. Je lui adresse en passant le sourire le plus imbécile que je sais faire, le ton le plus naïf que je peux exprimer.
- Oh, tu sais, tu me connais... J'ai vu de la lumière, et je suis rentrée.
J'ignore son haussement d'épaules. Celui là -bas conviendra très bien, il n'y a encore personne dessus.
Et tandis que je me dirige vers mon nouveau mur, je tombe face au grand blond et sa compagne aussi blonde que lui (celle qui a un parachute à la place du ventre).
- Nous te cherchons depuis le début de la réception, Cassandre ! Me lance le garçon avec un sourire ultra brite colgate over sexy de la mort.
Un léger accent. Mais non. Je ne le remets toujours pas vraiment.
- C'est gentil. Ca me fait plaisir de vous voir aussi.
Eh oui ! L'art de faire croire qu'on se rappelle les choses qui nous dépassent. Des années d'expérience, les enfants ! Des années d'expérience... Cassie number one !
- Nous voulions te demander si tu serais d'accord pour que notre fille puisse avoir Cassandre en deuxième prénom.
Merde, mais je les connais à ce point là ? C'est la méga giga honte pour le coup...
- Je suis vraiment touchée. Mais mon prénom est peut être un peu lourd à porter...
- Pour ça qu'il ne serait que le second, appuie le jeune homme.
Vas-y enfonce moi. Enfin, au moins il est direct. Je libère un rire évasif. Sa compagne a la bonté de me révéler le fin mot de l'histoire :
- C'est pour te remercier.
- Me remercier ?
Non mais au secours ! Une bouée ! Je me noie ! Et flûte, je rêve ou Coriolan me regarde... Encore... A croire que je suis un sujet d'étude pour son prochain roman. C'est pas possible autrement.
- Oui, c'est quand même grâce à toi si Nigel et moi...
Je n'écoute pas la suite. Nigel... Nigel. Nigel ! NIGEL ! Ca y est ! J'y suis !

11 par Lindsay Dole

La salle qu'Azra avait louée n'était pas très grande. Morgane était pourtant une jeune femme sociable qui savait attirer le monde autour d'elle. Quels changements se sont produits dans sa vie pour créer un tel vide ?
De petits groupes se forment entre les tables. Attirés par les liens et les souvenirs communs qui les unissent... Ou au contraire guidés par une absence totale de lien qui va leur permettre d'en nouer de nouveaux.
J'ai lâché Coriolan.
Je ne vais pas lui imposer ma présence. Il est évident que ma compagnie ne l'intéresse pas le moins du monde.
Je suis déjà suffisamment dans l'embarras de par mon retard, inutile d'entrainer les autres avec moi dans le malaise.
J'entreprends donc un tour des groupes de convives (tout en scrutant ceux où s'ntègre Coriolan, afin d'éviter la bévue de me retrouver dans le même que lui)
Zut ! Il a vu que je le regardais...
En reculant, je percute la table où se servait une jeune femme.
- Eh bien Cassandre ? Tu ne sais plus où tu vas ?
Je tique légèrement en détaillant les traits de son visage.
Bordel à queue !... Mais c'est la fille qui m'a chouravé mon taxi tout à l'eure ! Je savais bien que je la connaissais !
Je plisse les yeux sous l'effort continu que cherche à faire ma mémoire.
Elle me sourit de cet air affable qui me fait comprendre qu'elle est au courant.
- Lucia Bianchi... Ta cousine...
Et là , je vous vois tous morts de rire... Même sa famille ! Elle est incapable de reconnaître les membres de sa propre famille...
Ben ouais.
Voilà . On ne peut pas dire non plus que Lucia et moi étions très proches. D'abord elle est de la famille de mon père. C'est peut être un détail pour vous, mais pour moi je vous assure que c'est une raison amplement suffisante qui explique que je n'ai pas à me rappeler d'elle. Ensuite, la dernière fois que je l'ai croisée je devais avoir quoi ? Quatorze ans ? Mes problèmes de mémoire commençaient tout juste à cette époque. Donc vous conviendrez aussi que seize années se sont écoulées entre temps, et que Lucia ne ressemble plus aujourd'hui à la petite fille de sept ans que j'avais connue alors.
D'ailleurs elle ne semble pas choquée par le fait que je ne la reconnaisse pas, elle. En même temps, un point pour elle ! Elle m'a reconnue sans hésitation. Elle est drôlement physionomiste !
- Tu connaissais Azra ou Morgane, Cassandre ?
- Les deux. Mais ce sont bien les seuls ici !
J'étouffe un rire pour détendre un peu l'atmosphère.
- Ah bon ? Pourtant tu avais l'air de connaître aussi le grand gars aux cheveux longs là bas.
Rah ! Elle m'oblige à regarder Coriolan au moment où évidemment une fois de plus nos yeux se croisent.
Je murmure. Je suis à peine audible. Trop tard, je suis persuadée qu'il m'a vue.
- Oui mais disons qu'avec lui c'est un peu particulier... A chaque fois que je le vois je...
- Tu le reconnais ?
- Mais pourquoi tu parles aussi fort, oui... Je le reconnais... Enfin j'essaye de t'expliquer que...
Et là je ne sais pas ce qu'il lui a pris, mais Lucia s'est mise à hurler. Sérieux, je pense qu'il y en a peut être en Papouasie inférieure qui n'ont pas dû entendre... A l'extrême rigueur...
- Tiens ! Tu ne m'avais pas dit un jour que le seul homme que tu reconnaitrais n'importe où et n'importe quand serait l'homme de ta vie ?
Je crois finalement qu'il y a parfois du bon à oublier certaines choses...
J'ai tellement chaud que j'ai l'impression que de la fumée traverse mes vêtements. Je n'ose pas me retourner. Je n'ose pas, mais en même temps... Je le fais ! Bingo ! J'aurais dû le parier. Il me regarde. Il me regarde si profondément que je ne pourrais plus me cacher nulle part.

06 par Lindsay Dole

Lentement, je m'avance vers lui.
Ses yeux sont rouges d'avoir trop pleuré. Je le prends dans mes bras. Il murmure doucement quelque chose à mon oreille.
- Je vais te sauver, Cassie. Merci d'être venue.
Il a compris. Il sait. Malgré tout, le soulagement n'arrive pas à me gagner.
- Merci, Azra.
Je me décroche de sa poitrine. Pendant que chaque invité achève de jeter ses derniers mots, ses dernières fleurs, ses derniers regards en bas, Azra remplit ma main d'une poignée de terre.
- Vas-y, Cassie.
Il n'y a plus rien que ce coffre de sapin déormais. J'ai peine à me dire qu'à  l'intérieur il y a le corps de mon amie. J'ai l'impression que plus rien n'a de substance et que je m'adresse à une boîte aussi vide que ma mémoire, en jetant la terre que m'a confiée Azra.
- Adieu Morgane.
C'est court.
C'est nul.
C'est inconsistant.
En même temps, c'est tellement moi...
Mais je ne sais pas quoi dire d'autre.
Et tant pis si je sens encore les regards insistants des autres.
Qu'ils pensent ce qu'ils veulent.
Je n'ai pas besoin d'une tirade pour exprimer mon chagrin. Il ressurgira avec le temps. Avec l'absence. Et je saurai alors mettre les mots qu'l faut. Dans l'intimité. Mais je ne livrerai pas mes sentiments devant cette assemblée qui me méprise.
Méprisez-moi.
Méprisez-moi, vous qui savez si peu de moi en fin de compte.
Je ne me rappelle pas de vous, car vous n'avez aucune importance. Vous vous souvenez de moi. Vos regards me prouvent que vous ne m'avez jamais oubliée. C'est ma revanche.
Je me tourne vers Azra.
- Tu pourrais me présenter à  quelqu'un que je connais ?
Il se penche à demi. Je l'entends chuchoter.
- Je ne me rappelle pas vraiment qui tu as déjà vu ou pas... mais...
Il hésite. Il balaye l'assistance des yeux. Soudain il a un mouvement d'arrêt. Son visage s'éclaire.
- Bien sûr ! Lui, tu le connais ! Je m'en rappelle... C'était à la fac. Viens avec moi !
Nerveuse, je glisse ma main dans la sienne. Et allez ! Les regards bis repetita ! En même temps, c'est pas comme si j'avais pas l'habitude...
Il y a les filles qui attirent le regard par leur beauté. Celles qui l'attirent par leur esprit. Je l'attire par le ridicule. Et s'il y a une chose que mes trente années de vie m'ont enseignée : c'est que, résolument, le ridicule ne tue pas.
La preuve ! Je suis toujours là .
Nous nous avançons à travers ces autres. Fendant leur cohésion qui me renvoie à ma propre gêne.
Et son corps est encore chaud.
N'a-t-elle pas honte, devant son cercueil ? Donner la main à Azra ?
Aucun scrupule, cette fille n'a aucun scrupule.
Le bout du chemin est marqué par la silhouette d'un grand gars à la longue chevelure noir-de-jais. Azra pose une main sur son épaule.
- Cassie ? Tu te rappelles de mon ami d'enfance ?
Je blêmis. J'ai chaud. Mon sang monte tellement en pression que j'ai peur qu'il jaillisse par tous les pores de ma peau.
Je ne l'éviterai pas. Pas cette fois.
Perdu Cassandre. Cassandre perdue.
Même joueur joue encore.
En effet, de tous ici, lui... Lui... Lui ! Lui, je ne l'ai pas oublié.
- Cassandre Parlanti, Coriolan Galen, nous présente courtoisement Azra d'un ton doux.
Coriolan prend la main tremblante que je lui tends.
Et ça y est... Je suis de nouveau toute nue. Je me couvrirais bien le corps de mes bras si je trouvais le moyen de récupérer la main qu'il tient toujours dans la sienne. Il faudra un jour qu'il m'explique comme il fait pour m'arracher tous mes vêtements aussi vite. Il les fait fondre, c'est pas possible...
- On se connait, répond Coriolan sans me quitter des yeux.
Sans me lâcher. Avec cet air cynique, ce mépris qui démontre manifestement un certain ennui de se retrouver à la colle avec la pimbêche de service.
Le malaise est total.
Cette fois je suis à terre. Je suis sous terre. Morgane. Avec toi. Enterrée vivante par le seul regard qui m'a toujours sondé plus profondément que les autres.
Je souris de toutes mes dents.
J'ai l'air d'une idiote.
Ce qui veut dire pour les autres que j'ai l'air normale. Donc, quelque part, tout va bien.
Mais c'était trop tard. Je l'avais dit. Encore. Je l'avais sifflée entre mes dents cette phrase que je ne sais décidément pas retenir. Hélas.
- Je veux mourir...

05 par LindsayDole

Evidemment, lorsque je suis arrivée, ils avaient tous quitté l'église depuis plusieurs minutes. J'ai dû courir (en me tordant quinze fois la cheville) à travers toutes les allées du cimetière pour rejoindre le cortège. Ils n'étaient pas bien nombreux. Ce petit comité m'a surpris au premier abord. Ils venaient de descendre le cercueil dans la tombe.
Morgane ne m'en voulait surement pas de mon retard.
Morgane savait bien que je serai en retard aussi pour ça (même pour ça, oserai-je dire).
Morgane avait de la tendresse pour tous mes actes manqués.
Les autres, en revanche...
J'ai pourtant ralenti le pas quand j'ai aperçu l'assemblée en haut de la petite butée. Un peu à l'écart. J'ai pourtant fait attention à ne pas faire trop de bruit. A ne pas me faire remarquer.
Mais rien que le déplacement de l'air, dans ce silence pesant, a suffi à attirer tous les visages vers moi.
La première phrase qui me vient alors à l'esprit est stupide et sans intérêt. En même temps je préfère la libérer avec cette tension palpable qui me compresse à m'étouffer.
- C'est la dernièe fois que je mets ce chapeau...
J'entends quelques soupirs. Je surprends quelques haussements d'épaules. Puis tout rentre dans l'ordre. Ils se désintéressent de mon cas désespéré.
Ne t'nquiète pas Morgane, je ne te volerai pas la vedette aujourd'hui.
Je calme le bouillonnement intérieur qui me secoue de sueur et de fièvre en détaillant les silhouettes qui se sont retournées.
Tous me sont familiers. Ce grand blond par exemple, je sais que je l'ai connu. Mais d'où déjà ? Il est accompagné par cette créature aussi blonde que lui, enceinte jusqu'aux yeux, gracile et féminine. Ses traits me parlent. Vaguement. Je ne parviens pas à la remettre.
Et tiens, cette fille aux cheveux rouges... Celle qui fait la tête de celle à qui on a volé la soupe... Je l'ai surement croisée toute ma vie. Son visage fermé semble m'indiquer que sa mauvaise humeur n'est pas exactement due au chagrin. Croisée. Parlé à  peine. Ou tout juste regardé. Je ne sais plus. Je ne me rappelle plus avec certitude.
Le jeune homme maladroit, qui parle à tout le monde, me dit aussi quelque chose. Je crois l'avoir vu à plusieurs reprises chez Morgane. Mais son nom... Les circonstances, les liens m'échappent. Tout se découd, se découd si vite dans mon esprit...
Je recule de quelques pas. Je ne veux plus en regarder d'autres.
Quelques yeux prennent de nouveau appui sur mon visage maladroit. Mes gestes moites. Remplis de reproches.
Tiens, encore en retard la greluche ?
Décidément pas fichue d'arriver à l'heure celle-là . Même aux obsèques de son amie.
Si encore elle était discrète, mais elle n'a pas trouvé plus grand comme chapeau ? Elle compte faire le service des boissons avec ou quoi ?
Est-ce qu'elle est sûre au moins d'être au bon enterrement, cette idiote ? Après tout, elle aurait été capable de suivre un cortège au pif du cimetière, avec sa mémoire de poisson rouge. Comme un petit chien.
Mes pensées acides m'arrachent un petit rire léger.
C'est ma réponse à ces yeux accusateurs. La seule lutte que je me sens apte à leur confronter.
Et dans cette foule de regards dédaigneux, je repère soudain deux prunelles d'onyx, dont la bienveillance et la tendresse apaise progressivement la compression de mes pauvres viscères meurtris de honte.

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